Aversion pour les superlatifs

J’ai une aversion pour les superlatifs. L’encre du scepticisme baverait à en faire débauche, appliquée à lustrer un personnage, de cire ou de chair. 

Magnus (grand), Major (plus grand), Majuscule (encore plus grand), Maximus (très grand) : auge de superlatifs où les esprits subalternes lapent à pleines gorgées la filandre dont ils tissent servilement la Majesté à un supérieur qui a oublié la fable du Renard et du Corbeau. 

Le respect, voire l’admiration, peuvent ne jamais se faire obséquiosité. Ce n’est pas rendre service que d’enfermer son Chef dans l’illusion d’une infaillibilité qui n’est pas de ce monde. Le contempteur reste dubitatif à regarder faire les laudateurs patentés. Le zèle de la lèche, l’acquiescement compulsif, les superlatifs au garde-à-vous. 

De petits opportunistes avaient eu l’idée d’offrir un service (payant) de flatteries tous azimuts : pour une poignée de dollars, il était proposé d’appeler la personne à aduler pour dire combien elle est extraordinaire, formidable, exceptionnelle, unique, géniale. 

Le filtre des secrétaires particulières ou des directeurs de cabinet empêcherait que ces louanges téléphonées parviennent directement aux Chefs et Sous-Chefs, aux Ministres, au Premier Ministre, au Président. Mais, à l’heure de l’IA, qui sait désormais prendre des accents humains en faisant même mine d’être empathique, les plus narcissiques pourraient commander un hymne à leur beauté intrinsèque et leur intelligence méconnue sans que l’artificielle ait scrupules et états d’âme.  

Celui à qui on sert du Méga-ceci, du Méga-cela, ad nauseam, finit irrémédiablement Méga-lo. Un pays, et surtout celui-ci en son actuel état de délabrement physique et de ruines morales, a besoin que ses dirigeants gardent la lucidité de leur infinie petitesse face à la grandeur du service. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja

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