Une nouvelle entité parlementaire prend forme à l’Assemblée nationale. Près de quatre-vingts députés se regroupent pour peser dans le dialogue politique engagé par le chef de l’État et, surtout, afin d’éviter la destitution de leur institution.
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| Les députés de la VFM ont tenu une réunion à huis clos à la salle des séances de l’Assemblée nationale, hier. |
Éviter la dissolution. Sur le fond, tel est le principal objectif des manœuvres qui se jouent à l’Assemblée nationale depuis le début de la semaine. Un remue-ménage qui a démarré dans la nuit de lundi, avec l’annonce de la création d’une nouvelle entité politique baptisée « Vovonan’ny fihavaozan’i Madagasikara » (VFM).
Selon la déclaration lue par le député Fanomezantsoa Andrianjanahary, vice-président de la Chambre basse pour la province de Fianarantsoa, quatre-vingts députés composent cette nouvelle entité politique. Elle est présentée comme étant une plateforme qui, outre les députés, regrouperait des élus locaux et d’anciens élus. De prime abord, la formule « plateforme politique » sert surtout à éviter à la plupart des membres de la VFM la déchéance de leur siège de député.
La Constitution interdit, en effet, aux députés de changer de parti ou de groupe de partis, autre que celui au nom duquel ils se sont fait élire. En plus des députés élus en tant qu’indépendants, des députés élus sous les couleurs du « Isika rehetra miaraka amin’i Andry Rajoelina » (Irmar) composent la VFM. Dans la déclaration de lundi, la nouvelle plateforme politique a prêté allégeance au pouvoir de la Refondation. Mais l’idée est surtout de constituer un bloc politique pour peser durant le dialogue politique.
Les députés de la VFM ont tenu une réunion à huis clos dans la salle des séances de l’institution de Tsimbazaza, hier. Comme l’indique Siteny Randrianasoloniaiko, président de l’Assemblée nationale, qui a conduit la réunion, le rendez-vous visait notamment à faire un rapport de son entrevue avec le chef de l’État, la semaine dernière. Le député Andrianjanahary confirme que le dialogue politique a été l’un des principaux sujets discutés durant cette réunion à huis clos.
Michaël Randrianirina, chef de l’État, engage depuis quelque temps une série de consultations d’acteurs et d’entités politiques, en vue de l’organisation d’un dialogue politique. Un processus parallèle à la concertation nationale, selon ses explications. Le but étant d’instaurer un climat politique apaisé, propice à la tenue d’élections acceptées de tous. Le patron de la Chambre basse a ainsi été reçu par l’ officier supérieur, la semaine dernière, au palais d’État d’Ambohitsorohitra.
Désaveu
Voir autant de députés présents à Tsimbazaza et, surtout, siéger à huis clos en dehors d’une session parlementaire est rare. Des détails qui indiquent que ces élus estiment que la situation est urgente. En coulisses, quelques-uns confient que « nous tous ici nous interrogeons sur l’avenir de l’Assemblée nationale », « tous s’accordent également à dire que nous devons être des acteurs à part entière du dialogue national et non pas juste en subir les conséquences ».
Pour les membres de la VFM, l’enjeu immédiat est donc de se donner une représentation collective pour ne pas être laissés pour compte dans le processus de dialogue politique. « La plupart d’entre nous sont des députés indépendants. Les autres ont quitté les rangs de l’Irmar pour soutenir le pouvoir actuel. Individuellement et sans structure, nous n’aurions pas de poids », reconnaît un des députés concernés.
Le leitmotiv commun est donc, jusqu’à l’heure, de défendre la survie de la Chambre basse. La Gen Z n’en démord pas, en effet, dans sa revendication de dissolution de cette institution. Une revendication confortée par la résolution de la concertation nationale des jeunes, fin juillet. La dissolution de l’institution de Tsimbazaza est l’un des points qui ont fait l’unanimité des participants.
« Nous demandons la dissolution de l’Assemblée nationale et son remplacement par une Assemblée constituante », est inscrit au point 2 de la résolution de la concertation des jeunes. Dans son discours de clôture de cet événement, le colonel Randrianirina a indiqué qu’à part le point 1 de cette résolution qui concerne la forme de l’État dont il laisse le soin de trancher à la population par un vote, le pouvoir de la Refondation « partage » l’avis des jeunes sur le reste des points de cette résolution.
Pour les parlementaires regroupés au sein de la nouvelle plateforme, la crainte est ainsi de voir le dialogue politique dépasser le simple cadre de la recherche d’un apaisement pour déboucher sur une recomposition institutionnelle. Dans cette hypothèse, l’Assemblée nationale pourrait être dissoute et remplacée, à titre transitoire, par une institution parlementaire composée sur la base d’un partage des sièges entre différentes forces politiques.
Un scénario comme durant la Transition de 2009 à 2013 nourrit manifestement les inquiétudes. À l’époque, le Parlement a été remplacé par un Congrès et un Conseil supérieur de la Transition, composés de personnes nommées. Un des arguments des membres de la VFM est que l’Assemblée nationale, elle, est composée d’élus. Toutefois, le désaveu affirmé dans la résolution de la concertation des jeunes est criant. Reste à voir si cette nouvelle plateforme réussira à s’imposer comme l’un des interlocuteurs du dialogue politique.
Garry Fabrice Ranaivoson
