J’étais là, jeune collégien, à la messe de ses derniers voeux. Par un devoir presque filial du «meilleur d’entre nous», je tins à assister à la messe des 60 ans d’entrée en religion et de 50 ans de prêtrise de Fulgence Rabeony.
C’est en 1966 que l’aujourd’hui Monseigneur Émerite, 81 ans, entra au noviciat des Jésuites. Son ordination sacerdotale eut lieu le 7 août 1976, au terme d’un parcours long (dix ans), depuis le noviciat et qui comprend les étapes ultérieures de «philosophie», «régence», «théologie ».
Fulgence Rabeony sera institué évêque le 18 novembre 1990, peu après sa nomination à la tête du diocèse de Tuléar qui sera érigé en province ecclésiastique le 3 décembre 2003, avec les diocèses suffragants de Morombe, Morondava, Tôlagnaro : premier archevêque métropolitain de Tuléar, Fulgence Rabeony le restera jusqu’au 22 juillet 2023 et son admission à la retraite.
Revenir en pèlerinage sur les lieux de la réception de sa vêture avec l’étole et la chasuble ; l’étape fortement symbolique de l’imposition des mains sur la tête de l’ordinand (avec d), sachant que l’évêque est l’ordinant (avec t) ; l’onction des mains avec le saint chrême avant qu’elles soient dignes de recevoir la patène et le calice.
Alors, certes, Monseigneur aurait préféré que la messe du souvenir se déroule dans la cour d’honneur du Collège qui l’aura vu reconnu «Major de la Promo 1966» avant d’abriter la messe de ses derniers voeux, mais ce n’est pas tous les jours que la jolie chapelle (bénie par Mgr Étienne Fourcadier le 8 mai 1937) du Collège Saint-Michel voient officier trois «Monseigneur avec mitre à fanons dissimulant pour un temps la calotte violette.
La querelle du rite chinois avait déjà opposé les Jésuites à la Papauté au XVIIe siècle. Cette fois, dans le contexte du Concile Vatican II (1962-1965), c’est un rescapé du bombardement atomique du 6 août 1945, sur Hiroshima, le jésuite Pedro Arrupe (1907-1991), et Supérieur Général de la Compagnie de Jésus (du 22 mai 1965 à sa thrombose cérébrale le 7 août 1981), qui lance le mot «inculturation».
Que le dogme immuable persiste n’est que logique de l’église avec elle-même, mais que les retouches cosmétiques, a priori superficielles, en arrivent à perturber profondément ceux qui avaient grandi avec une liturgie moins «dansante», «moins jazzy», «moins swing», en un mot plus austère, plus sobre, plus solennelle, devrait interroger sur la portée de la «conscience de l’autre» et les limites de «l’altérité du destinataire». Qu’une mauvaise sonorisation transforme une homélie en patenôtres incompréhensibles ou que l’instrumental étouffe la chorale, et cette question ne restera pas seulement acoustique.
Premier évêque malgache, Ignace Ramarosandratana (1893-1957), Ancien du Collège et Père spirituel depuis 1931 reçut la consécration épiscopale le 29 octobre 1939 avant de prendre la direction du nouveau Vicariat apostolique de Miarinarivo. Un autre Ancien du Collège, Armand Gaëtan Razafindratandra (1925-2010), évêque de Majunga et archevêque d’Antananarivo reçut la pourpre cardinalice en novembre 1994. Fulgence Rabeony restera, avant longtemps, le dernier Ancien du Collège à porter la dignité épiscopale.
Nasolo-Valiavo Andriamihaja