Impossible n’est pas américain. Il ne faut jamais dire jamais. En politique et en géopolitique, tout suit le sens du vent. Il y a un an, dès sa prise de fonction à la Maison Blanche, Donald Trump, 47e président des États-Unis, a fait trembler le monde entier avec une hausse vertigineuse des droits de douane pour beaucoup de pays, la suspension de l’agence de coopération sociale américaine, Usaid, et la fin de l’African Growth and Opportunity Act, une loi américaine qui permet à certains pays africains d’exporter leurs produits vers le pays de l’Oncle Sam sans droits de douane. Donald Trump a mis fin à cette faveur et a relevé le droit à 47 %. Ce qui signifie la fermeture de beaucoup d’entreprises et la perte de centaines de milliers d’emplois. Les produits africains auraient perdu toute compétitivité sur le marché.
Les autorités ont fait des pieds et des mains pour demander la clémence du président américain, qui a accordé un sursis de 90 jours. L’Agoa continuait après le sursis, mais il n’y avait aucune décision officielle de la part des autorités américaines. Les entreprises exportatrices ne se trouvaient ni chair ni poisson. Donald Trump tenait en laisse les opérateurs africains. C’était reculer pour mieux
assommer les bénéficiaires de l’Agoa. Et au moment où on s’y attend le moins, les États-Unis annoncent la prolongation de l’Agoa jusqu’en 2028. Il faut être naïf pour croire qu’il s’agit d’un geste d’empathie de la part de Donald Trump, dont le caractère ne se conjugue ni avec le sentiment ni avec l’humanisme.
On s’en doutait, il y avait bel et bien un attrape-nigaud derrière cette générosité presque divine ou plutôt diabolique. La prolongation de l’Agoa est assortie d’une facilité d’accès des États-Unis aux minerais stratégiques des pays bénéficiaires de cette opportunité. Pour tout dire, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un chantage.
Comme beaucoup de pays convoitent les terres rares, les Américains ont réalisé qu’il ne faut pas laisser les autres puissances occuper seules le terrain. L’Agoa est alors une excellente monnaie d’échange. Et alors que l’on croyait que les pays africains étaient à l’agonie, une décision providentielle vient les sauver. Du moins pour le moment. Ils ne sont pas obligés d’accepter ce marché.
Il faut bien réfléchir avant de conclure un accord, étant donné l’importance des minerais stratégiques qui valent davantage qu’un an de prolongation de l’Agoa.
Mais l’État se trouve entre deux feux. Tourner le dos à l’Agoa signifie cautionner la perte de centaines de milliers d’emplois sans aucune solution de rechange. Accepter ce marché de dupes, c’est laisser les autres piller ce qui reste de minerais au pays.
Le dilemme est compliqué et le choix nécessite peut-être une véritable concertation nationale.
Comme on dit, on est à la fois heureux et gêné, à l’image d’un poussin appâté par un grain de riz, mais qui n’a pas le bec assez grand pour le concasser.
Il n’y a donc pas que les entreprises franches et les exportateurs qui sont concernés par cette situation. Il s’agit réellement d’un choix cornélien qui implique la responsabilité de l’État. Il y a de quoi être agoassé.
Sylvain Ranjalahy