TOLIARA - La culture du cinéma à rétablir

La première édition du Festival de cinéma de l’océan Indien sur la mer et la musique, organisée à Toliara, a permis de sensibiliser à la valeur culturelle du cinéma.

Le festival de Cinéma de l’océan Indien sur la mer et la musique a débuté  par des projections à l’Alliance française de Toliara.

Une grande première. L’organisation de la première édition du Festival de cinéma de l’océan Indien sur la mer et la musique a réuni des cinéastes malgaches, réunionnais et mauriciens ainsi que le grand public de Toliara. Huit films ont été projetés durant les trois jours du festival, dont certains sur les plages de Mangily, le village balnéaire de renom situé à une trentaine de kilomètres de Toliara.

L’initiative appartient au cinéaste Anatole Ramaroson, un professionnel ayant mené des études sur le cinéma en France. « J’ai grandi à Bezaha, à Betioky. Mon père était un fonctionnaire et on bougeait beaucoup. J’ai été à Toliara, à Toamasina, à Antananarivo et en France. Je suis passionné par le cinéma depuis longtemps, et très intéressé par la musique. Dans mes traversées dans cette passion, je me suis toujours promis à moi-même que j’organiserais un festival de cinéma à Toliara », se confie-t-il. L’initiative est mise en forme avec l’association « Asa Sary », cinéastes de Madagascar, et l’association « AyeAye Dev ». Un dessein structurant pour le développement culturel et territorial de Toliara, avec un potentiel de croissance à l’échelle régionale et internationale. « L’idée est de relier le cinéma à la mer et à la musique puisque l’idée est de faire connaître la valeur culturelle du cinéma à Toliara, une ville côtière. C’est un festival tout-en-un, car il réunit la projection de films cinématographiques, la musique, des ateliers et des formations sur le cinéma. Quatre cinéastes de l’océan Indien ont pu venir participer à l’événement », explique-t-il.

Après ses débuts avec « Ant’Sary Doc », le festival international du film documentaire de Madagascar, qui en est déjà à sa quatrième édition, Anatole Ramaroson s’est dit motivé à le décliner en un festival de cinéma documentaire dans les régions. « J’ai toujours voulu tenir ce pari. J’ai organisé un festival Tsapiky en 2015 qui a mis en avant la musique au rythme tsapiky du Sud et le cinéma. En 2016-2017, nous avons fait venir des musiciens et des artistes de divers districts et communes rurales de la région Atsimo-Andrefana pour participer au festival. En 2019, mon élan a été quelque peu estompé pour des raisons personnelles et la période du Covid n’a pas permis de le poursuivre », détaille le cinéaste professionnel. Son idée, endormie pendant quelques années, s’est ainsi réveillée et naît alors le Festival de cinéma de l’océan Indien sur la mer et la musique, organisé les 9, 10 et 11 juillet derniers à Toliara.

Projections grandioses

Huit films documentaires en langues malgache et française ont été projetés à l’Alliance française de Toliara et à Mangily. De vraies projections en grandeur nature avec des écrans de cinéma et, à défaut, à Mangily, du tissu blanc tendu et hissé sur des poteaux plantés dans le sable. Enfants, jeunes et moins jeunes s’y sont intéressés. Le public était invité à découvrir, entre autres, des films comme « Feon’ala, le cri de la Terre » de Rolland Raman, une fiction en court métrage, ou « Taste in the Sun », un court métrage documentaire d’Ary-Misa Rakotobe, cinéaste. Il raconte la vie de Zafisolo, un éleveur de caprins et producteur laitier dans le district d’Antanimora, région Androy. Une activité confrontée aux effets du changement climatique.

« Alondrika Mangina – Silence des vagues » de Franco Clerc figure dans la liste des films de Madagascar. La Réunion a présenté « Sombres couleurs » d’Ophélie Galant, un court métrage tourné en partie à Madagascar. L’île Maurice a mis en avant un long métrage documentaire intitulé « Grat Lamer Pintir Lesliel », réalisé par David Constantin. C’est l’histoire de la réaction des pêcheurs et des habitants à Maurice après le naufrage du « Wakashio » et la pollution qui s’ensuivit. « Des enfants du kayamb », une autre fiction en court métrage, fait partie de la liste des films.

« Des ciné-lives que nous avons dénommés «Baobab des écumes» ont été organisés au parc «Forêt des Baobabs» à Mangily. C’était à la fois de la découverte, de la musique, du slam, de la danse, des pitchs de cinéastes et d’artistes comme Jean Piso, des tournages en direct à l’intérieur du parc. Une belle rencontre entre artistes », raconte le directeur du festival, Anatole Ramaroson.

Perspectives

Le restaurant-bar « Patapata », au village balnéaire, a accueilli des concerts tsapiky, des animations DJ, des concours de batterie et de guitare. Un apéro musical a fait découvrir la révélation « Adrien Rey ». Les organisateurs ont voulu offrir aux jeunes de la région un accès aux métiers du cinéma et à la formation audiovisuelle. Un ciné-lab a réuni une dizaine d’amateurs. Le docteur Hervet Randriamady, chercheur à la Harvard T. H. Chan School of Public Health, a partagé ses recherches sur « La culture et la santé mentale dans la baie de Ranobe». Le directeur du festival résume les trois jours en deux phrases : « La culture du cinéma est à rehausser. Ce festival a permis de voir que les gens sont fascinés mais ne reconnaissent pas encore la valeur culturelle qu’apporte le cinéma et ce qu’est le cinéma», conclut-il.

Organiser un festival demande des moyens financiers importants. Les organisateurs du Festival de cinéma de l’océan Indien sur la mer et la musique font le pari d’en organiser une deuxième édition en 2027. Ils misent beaucoup sur leurs réseaux. L’année prochaine, le festival inclura un carnaval qui longera la RN7. Partage de cultures, rencontres, conférences, musique et, bien sûr, cinéma sont au menu.

Mirana Ihariliva

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