RÉGION DIANA - L’affluence des vacanciers se fait attendre

La traditionnelle affluence des vacanciers vers le Nord de Madagascar se fait attendre cette année. Transporteurs, professionnels du tourisme et opérateurs économiques constatent une baisse inhabituelle de la fréquentation.

La plage de Ramena est moins fréquentée que l’année dernière.

À Antsiranana, les vacances ne connaissent pas l’effervescence habituelle. Alors que la période estivale est traditionnellement marquée par un important afflux de visiteurs vers la région Nord, les transporteurs constatent cette année une baisse significative du nombre de voyageurs.

Dans les gares routières, le contraste est frappant. Les véhicules de transport national restent stationnés plusieurs jours en attendant de réunir suffisamment de passagers pour prendre la route, une situation inhabituelle à cette période de l’année. Les professionnels du secteur évoquent une activité au ralenti, loin des saisons où les départs s’enchaînaient et où la demande dépassait parfois les capacités des transporteurs.

La baisse de fréquentation s’explique également par l’absence des grands rassemblements religieux qui animaient habituellement la ville. Depuis cinq ans, Antsiranana accueillait régulièrement des congrès d’églises ou des « Zaikabe », attirant plusieurs milliers de participants. Cette année, aucun événement d’une telle envergure n’est, pour l’heure, programmé, privant la ville d’un flux important de visiteurs.

À la coopérative Kofmad, le constat est sans appel. Selon son responsable, un seul véhicule assure actuellement les liaisons quotidiennes vers Antsiranana. Les principales réservations enregistrées concernent essentiellement les fidèles appelés à participer aux assemblées générales de leurs églises prévues au mois d’août.

Prudence

Au-delà de ces facteurs conjoncturels, un climat de peur semble s’être installé. D’après plusieurs témoignages recueillis auprès des transporteurs, la recrudescence des enlèvements et des tentatives de kidnapping signalés ces derniers mois dans différentes régions du pays influence fortement les décisions de déplacement des familles.

« Beaucoup de nos clients habituels nous expliquent qu’ils préfèrent renoncer à voyager avec leurs proches par crainte pour leur sécurité », confie Abdou, guichetier de la coopérative Kofmad Antsiranana.

Cette inquiétude dépasse désormais les seuls voyages de longue distance. Même les déplacements en ville suscitent davantage de prudence. Les usagers des bajaj redoublent de vigilance, tandis que les recommandations à la prudence se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les quartiers.

À cette inquiétude s’ajoute la propagation de nombreuses rumeurs, souvent relayées sans vérification, qui entretiennent un climat de psychose. Chez certains parents, la peur est telle que la menace des « ravisseurs d’enfants » est parfois utilisée pour dissuader les plus jeunes de s’éloigner de la maison. Cette atmosphère anxiogène se traduit par une baisse de fréquentation des espaces de loisirs, notamment des manèges et des auto-tamponneuses.

Sur les plages également, la vigilance est de mise. Les parents qui accompagnent leurs enfants gardent désormais un œil constant sur eux, illustrant une préoccupation grandissante pour leur sécurité.

Si aucune statistique officielle ne permet encore de mesurer précisément l’impact de cette situation, les professionnels du transport observent déjà les premiers effets d’un climat d’insécurité qui pèse sur la mobilité des ménages et, par ricochet, sur l’activité économique du Nord de Madagascar.

Raheriniaina

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