Le colonel Michaël Randrianirina a poussé plus loin le bouchon sur l’abolition du culte de la personnalité. Après avoir déclaré au lendemain de sa prise de pouvoir qu’il n’avait pas besoin qu’on accroche son portrait dans les bureaux administratifs, en tournée à Toamasina pendant le weekend, il a souligné qu’il n’était pas nécessaire de le remercier pour ses actions. « C’est notre devoir, nous sommes là pour travailler, il est inutile de dire ‘Merci Président’ ». C’est le premier dirigeant qui comprend qu’il est à sa place pour servir et non pas se servir. Le colonel Randrianirina a expliqué à la population que l’État n’utilise que l’argent des contribuables collecté à travers les impôts. « C’est votre argent qu’on utilise pour réaliser les infrastructures de développement. Et on peut faire mieux mais il faut mettre fin à l’incivisme fiscal ».
Une mise au point qui a toute son importance. Elle met fin à une vieille tradition héritée de l’époque socialiste où le président Ratsiraka était « le président respecté et bien aimé du peuple». Son portrait trônait dans tous les bureaux. Et on lui doit tout.
Ses tournées répondaient aux revendications de la population partout où il va. Les routes, les ponts, les écoles, les centres de santé, la hausse de salaire, les primes pour les sportifs médaillés....Le président était carrément la providence et en profitait pour faire de la pauvreté son fonds de commerce avec les dons en victuailles et en ustensiles. L’assistanat et la mendicité ont favorisé cette soumission et cette idolâtrie des dirigeants. Après une parenthèse avec le Professeur Albert Zafy, l’allégeance et l’encensement étaient bel et bien de retour. Marc Ravalomanana a perpétué la pratique sans rien changer donnant son jet privé aux athlètes lors des Jeux des îles 2003 à Maurice comme Ratsiraka a mis à la disposition de l’équipe nationale de football son avion personnel pour jouer au Zimbabwe.
Andry Rajoelina a accentué l’abus en donnant l’impression de tout donner de sa poche alors qu’il distribue des dons des bailleurs de fonds et des organismes internationaux, d’ailleurs consentants.
C’est l’utilisation de l’argent de l’État et la bonne gouvernance qui sont les principaux bénéficiaires de cette mise au point.
Jusqu’ici l’utilisation de l’argent de l’État, la passation des marchés publics, le respect des principes de la comptabilité publique partent dans tous les sens. C’est la projection de ce discours du Chef de l’État.
Pour une fois, on peut dire à bon escient « Merci Président ». Merci d’avoir rappelé le rôle des élus et des dirigeants. Merci d’avoir mis fin au culte de la personnalité. Merci d’avoir remis l’administration dans le sens de la marche. Merci simplement d’avoir rappelé les fondamentaux de la bonne gouvernance.
Les Égyptiens ont été reçus par le président al-Sissi après le mondial mais il n’a pas donné un sou aux joueurs. Les Français sont décorés de la Légion d’honneur s’ils sont champions.
Le président ne doit pas s’occuper des tâches dévolues aux ministères et des fédérations. Sinon un gouvernement ne sert à rien. Élémentaire.