MBOLATIANA ANDRIAMANANTSOA - « Madagascar accuse un retard dans la transformation digitale »

Dans un contexte marqué par l’accélération de la transformation numérique, Madagascar connaît une progression de l’usage des technologies digitales. Les entreprises adoptent de nouveaux outils pour améliorer leur fonctionnement, même si plusieurs défis persistent, notamment en matière de compétences, d’infrastructures et d’accompagnement. Point de vue et explications de Mbolatiana Andriamanantsoa.

Mbolatiana Andriamanantsoa, directrice générale  de Goticom, et CEO-fondatrice de Softwell.

Comment le paysage de la transformation numérique des entreprises malgaches a-t-il évolué ?

En 2001, les entreprises étaient encore dans une phase de découverte de l’informatisation. Le travail consistait surtout à sensibiliser sur l’utilité des outils numériques. Aujourd’hui, la situation a évolué. Plusieurs secteurs ont déjà intégré des systèmes informatiques de gestion. Ces outils permettent de mieux organiser les données, d’améliorer la productivité et de faciliter la prise de décision. Cependant, cette évolution reste inégale. Le secteur numérique évolue très rapidement et oblige les entreprises à s’adapter en permanence aux nouvelles technologies.

Avec l’accélération des technologies, notamment l’intelligence artificielle, quels sont aujourd’hui les principaux défis pour les entreprises ?

Le principal défi reste la capacité d’adaptation. Les technologies évoluent rapidement, notamment avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, et les entreprises doivent suivre ce rythme. Il y a aussi des contraintes importantes liées aux infrastructures, aux investissements et aux compétences disponibles. Sans ces éléments, la transition digitale reste difficile à mettre en œuvre à grande échelle.

Le développement des start-up technologiques peut-il constituer un véritable moteur de croissance économique pour Madagascar ?

Madagascar dispose d’un réel potentiel, porté par une jeunesse créative et de plus en plus familière avec les outils numériques. Les technologies comme Internet ou l’intelligence artificielle permettent aujourd’hui de développer des solutions innovantes. Mais pour que les start-up deviennent un véritable moteur de croissance, elles doivent répondre à des problématiques concrètes dans l’économie réelle. Il est également essentiel de renforcer leur accompagnement : structuration, accès au financement, création d’emplois et encadrement via des incubateurs et des dispositifs de formation.

La question des compétences reste souvent citée comme un frein au développement numérique. Les formations actuelles répondent-elles aux besoins du marché ?

Un décalage existe encore entre les formations et les besoins réels des entreprises. Le problème ne vient pas des compétences des jeunes, mais plutôt de l’évolution très rapide des technologies. Les entreprises sont souvent obligées de compléter la formation des nouveaux diplômés. Il devient donc essentiel de renforcer la collaboration entre les écoles, les entreprises et les start-up. L’alternance peut représenter une solution efficace pour rapprocher la formation du monde professionnel.

Où se situe Madagascar en matière de maturité numérique et d’intelligence artificielle (IA) ?

Madagascar reste encore en retard dans la transformation digitale. Une partie des entreprises n’a pas encore engagé pleinement sa transformation numérique, notamment en raison des coûts liés aux équipements, à la connexion et à la formation. Cette situation peut réduire la compétitivité des entreprises qui n’exploitent pas pleinement les outils numériques disponibles.

Concernant l’IA, il s’agit surtout de s’approprier ces outils. L’IA ne doit pas être perçue comme une menace, mais comme un levier de performance, à condition de garder une supervision humaine et une utilisation responsable des données.

Dans un contexte de tension autour du dialogue public-privé, comment analysez-vous la relation entre le secteur privé et l’État ?

Le dialogue entre le secteur privé et le secteur public est essentiel pour accompagner le développement du pays. Le secteur privé joue un rôle central dans l’économie, mais il ne peut avancer seul. Sans coordination, il devient difficile d’optimiser les actions et de créer un environnement favorable au développement. Il est donc important de renforcer ce dialogue, de favoriser la concertation et de construire une vision commune. L’objectif reste le même pour tous : le développement économique et social de Madagascar.

 Ihariana Sarobidy

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