Maux d’hiver

On a aimé entonner, mais à une période pas vraiment appropriée, « Vive le vent d’hiver ». C’est en effet maintenant qu’on peut rejoindre Raphaël, qui en a aussi fait le thème principal de l’une de ses chansons. L’hiver est bien là et il manifeste sa présence avec son souffle froid qui saisit les sens dès l’aurore. Et, comme tous les ans, ceux qui lui réservent quand même un accueil chaleureux ne sont pas rares. Ainsi, toujours à la grande stupéfaction des plus frileux, il y a ceux pour qui l’hiver est la saison préférée. Ce sont ces gens qui peuvent déconcerter leurs semblables en n’investissant pas autant que ces derniers dans les vêtements chauds.

L’hiver peut être vu comme un rappel que nous ne sommes pas maîtres de la nature. Les lois naturelles qui régissent le climat sont (encore) plus fortes que les rêves de puissance humaine. C’est dans ces moments que les leçons de Marc Aurèle et de ses compagnons stoïciens peuvent nous interpeller pour nous faire bénéficier de leur discernement. Si on les écoutait, on comprendrait que se lamenter est vain et que la sagesse consiste à accepter la saison au lieu de la maudire. Le monde, en effet, ne fonctionne pas en s’accordant à nos désirs, et l’hiver est là pour nous apprendre à être plus lucides.

Quand le froid limite les échappatoires possibles vers des ambiances plus ou moins chaudes, il balaie aussi les illusions qui masquent certaines vérités occultées par la chaleur estivale. Dans les rudes conditions de l’hiver, nos mouvements sont restreints et, avec eux, l’accès à certains divertissements. Le divertissement étant, selon Pascal, un moyen de fuir la condition humaine, laquelle est misérable. Dans les affres de l’hiver, cette précarité, qu’on essaie d’oublier à coups de distractions, se manifeste avec encore plus d’acuité. C’est peut-être une autre cause de l’aversion que certains éprouvent à l’égard de l’hiver.

Le philosophe cynique Diogène est allé au-delà d’un simple attachement au froid : il en a fait un moyen de connaissance. Il bravait alors l’hiver en foulant la neige pieds nus, montrant ainsi que ce qu’on croyait indispensable relevait de conventions érigées en « nécessités ». L’hiver peut alors agir comme un révélateur de ce qui est vraiment essentiel, tout le reste n’est que décoration. Et quand ce superflu est écarté par le vent de l’hiver, la vie réelle peut apparaître avec plus de netteté.

Fenitra Ratefiarivony

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