Madagascar entre dans une nouvelle phase d’évaluation de sa politique anticorruption. Du 30 juin au 2 juillet 2026, des experts mandatés par les États parties à la Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC), Djibouti et la Tanzanie, examinent le dispositif national de lutte contre la corruption. Cette mission, menée avec l’appui de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), vise à mesurer les avancées du pays, mais aussi les défis qui restent à relever en matière de gouvernance et de transparence. « Ce n’est pas dans le but d’établir un classement du pays ou d’aboutir à l’imposition de sanctions, mais dans le cadre «d’une évaluation permettant d’identifier les bonnes pratiques et les défis à améliorer », a déclaré Gaby Razakamanantsoa, directeur général du Bureau Indépendant Anti-Corruption (Bianco), lors de l’ouverture des travaux à Novotel Ivandry.
De son côté, Mamitiana Rajaonarison, chef du gouvernement, a rappelé que la lutte contre la corruption s’inscrit dans la volonté de refondation de l’État et doit répondre aux intérêts de la population malgache.
« Nous luttons contre la corruption parce qu’il y a un intérêt à protéger », a-t-il déclaré, en soulignant que cette démarche doit permettre « une meilleure gestion des ressources publiques et un assainissement du climat des affaires à Madagascar ».
Exigences internationales
L’évaluation porte principalement sur deux volets de la Convention : la prévention de la corruption et le recouvrement des avoirs illicites. Madagascar met en avant plusieurs avancées, notamment l’adoption de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption 2025-2030 et le renforcement progressif des mécanismes de prévention dans les secteurs sensibles tels que « la formation des agents publics, les marchés publics, le secteur privé, l’éducation et les programmes scolaires liés à la lutte contre la corruption, la sensibilisation des jeunes, l’implication de la société civile et des citoyens, l’accès à l’information, la lutte contre le blanchiment de capitaux, les flux financiers illicites et le trafic d’armes », relève Gaby Razakamanantsoa.
Sur le volet du recouvrement des avoirs, la montée en puissance de l’Agence de recouvrement des avoirs illicites (Arai), chargée de récupérer les biens issus d’activités illicites, est également mise en avant. Le directeur du Bianco explique : « Les efforts engagés dans l’adoption des textes législatifs et réglementaires permettant de récupérer les biens de l’État détournés ou perdus à travers la corruption ou les infractions. »
Mais, au-delà des dispositifs existants, cette évaluation représente un test sur leur application réelle. Les experts devront identifier les écarts entre les textes adoptés et leur mise en œuvre sur le terrain. Pour le gouvernement, cette mission ne doit pas être perçue comme un examen, mais comme un échange permettant d’améliorer les mécanismes nationaux.
« Nous devons être capables de reconnaître ce qui ne fonctionne pas afin d’apporter les corrections nécessaires », a indiqué le Premier ministre.
Ihariana Sarobidy