L’économie de plantation se révèle très précaire

Le plus ancien des colons connus de Mananjary  et enterré dans cette ville, est Napoléon de Lastelle associé de Ranavalona Ire.

Après un ralentissement dû à la crise de 1917-1918, la production de café sur la côte Est centrale enregistre un taux de croissance remarquable, non affecté par la crise générale de 1921-1922. « Après une longue période de tâtonnements marquée par l’abandon de cultures non rentables (caoutchouc, cacao, café Libéria), des colons de la région trouvent les variétés de café adaptées » (Jean Fremigacci). Il s’agit notamment de Narras de Mananjary et Agron de Vatomandry pour le koulou ,et Brée de Vatomandry pour le robusta.

Si, à Vatomandry et Mahanoro, le nombre des colons reste cependant stabilisé à une cinquantaine en tout et créoles en majorité, à Mananjary, mieux desservis, ils montrent beaucoup plus de dynamisme. « Les anciens accroissent continuellement leurs domaines ou diversifient leurs activités- vers 1920 émerge à Mananjary la figure dominante de Jules 

Venot-. Mais surtout, la région voit affluer de nombreux Réunionnais, qui remontent les vallées à la recherche de bonnes terres devenues rares et d’une main-d’œuvre qui s’enfonce dans l’intérieur. » De vingt et un planteurs en 1910, on passe à une centaine en 1926.

Cette prospérité sera vite interrompue. De 1926 à 1934, la colonisation subit la fatale conjonction de cyclones répétés et d’un effondrement des cours mondiaux du café. À Mananjary, elle est à peu près nulle en 1926 et faible en 1927. Les mêmes constatations sont faites au niveau des plantations, telles dans la Socia de Mananjary. Dans ce cas, le colon ne peut espérer, malgré la précocité du koulou, obtenir une récolte avant 1937. 

Mais cyclones et chute des prix ne sont pas les causes véritables de la crise. « L’influence de ces facteurs fut grossie sur le moment pour masquer une crise structurelle qui ne pouvait être reconnue et, encore moins, avouée par la colonisation. » 

L’auteur cite alors deux raisons qui rendent possibles cette conjonction. D’une part, dit-il, les colons sont les premiers à ignorer ou à occulter le problème épineux des prix de revient. D’autre part, il est extrêmement difficile de se rendre compte des dégâts exacts des cyclones. Le pouvoir colonial doit s’y reprendre à trois fois avant de s’en faire une idée approximative, après avoir corrigé les exagérations les plus évidentes, et probablement inconscientes, des colons.

« La conclusion qui se dégage est que les cyclones furent plus spectaculaires que destructeurs. » Les pertes de récolte très inégales suivant les concessions sont rarement irrémédiables. En fait, cyclones et baisses de prix servent de base à une demande d’aide auprès de l’Administration pour régler deux problèmes chroniques d’une colonisation peu solide. À savoir le manque d’argent et l’insuffisance de main d’œuvre. 

L’inspecteur Poirier écrit alors : « Les colons escomptent obtenir aussi aisément la remise de leurs dettes qu’une remise des péchés. Des prêts du passé, ils n’ont cure, les cyclones de janvier ont réglé leur passif »… Mais « outre un moratoire, les colons sollicitent une aide financière sans commune mesure avec leurs pertes ». En 1934, Damien Richard d’Ifanadiana réclame 2 000 francs par mois pendant dix-huit mois, alors qu’il ne récolte en 1933 qu’une tonne de café, soit 5 000 francs de produit brut.

« Si de telles requêtes étaient prises en considération, un cyclone serait une bénédiction pour certains colons et leur plus cher désir serait d’en subir un par an au minimum. » La commission d’évaluation des pertes qu’il préside, a à rejeter une série de demandes « astronomiques » concernant des propriétés précédemment mal entretenues et déjà grevées d’hypothèques : le véritable problème est donc de savoir comment elles en étaient arrivées là.  En outre, les années à cyclone sont l’occasion de recourir à l’expédient traditionnel- mais de moins en moins praticable- de la réquisition de main-d’œuvre. 

En effet, après le cyclone de janvier 1926, les colons de Vatomandry obtiennent qu’on leur livre mille hommes, « renouvelés tous les trente jours, payés un franc par jour ». Et cinq mois plus tard, ils protestent contre une éventuelle abolition de la mesure. La situation se répète à Mananjary en 1928 et 1930, puis à nouveau en 1934, dans le district de Mahanoro. Les colons de Vatomandry réclament alors les mêmes avantages.Cyclones et crise mondiale jouent ainsi le « rôle de révélateurs de la précarité de l’économie de plantation ». 

Et Jean Fremigacci de conclure : « En fait, à la source de tous ces problèmes et de bien d’autres encore, on retrouve la crise du mode de production caractéristique de la première époque coloniale qui est d’abord celle des rapports de productions établis entre colons et population, et ensuite celle des comportements économiques développés sur cette base. »

Pela Ravalitera

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