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| Des hameaux difficiles à joindre pour permettre un contrôle sérieux de la maladie. |
Pendant l’épidémie de peste de juillet 1921, « indigènes et Asiatiques sans exception se voient interdire toute sortie de la capitale, alors que les Européens obtiennent l’autorisation de circuler après dix jours d’observation » (Faranirina V. Esoavelomandroso, étude intitulée « De la peste maladie à la peste politique- Interprétation par les Merina du phénomène d’endémie pesteuse sur les Hautes Terres Centrales après (1921-1936) » (lire précédente Note).
D’après l’enseignante-chercheure, la pression des négociants d’Antananarivo est plus déterminante que les considérations d’hygiène, dans la mise au point du contrôle des déplacements en pleine période d’épidémie. Une telle constatation, fait-elle remarquer, ne peut échapper à l’élite indigène au courant des démarches entreprises par la Chambre de Commerce, plus précisément par son président Guinaudeau. « L’information risque de se propager rapidement parmi une population en état d’alerte et de créer un malaise dans la ville. »
Une fois le cordon sanitaire levé en aout 1921, les Européens peuvent se déplacer librement, tandis que les Malgaches doivent être munis d’un passeport sanitaire délivré sur présentation d’un certificat de vaccination antipesteuse. « Pour les indigènes, ce passeport peut avoir la même signification que la ‘carte’ attestant le paiement des impôts ou le ‘livret individuel ’attestant l’exercice d’un emploi. » Bref, c’est un papier supplémentaire permettant à l’administration de dépister les « irréguliers » et les « vagabonds ». Ce contrôle dure dans les années ultérieures à 1921, et le Malgache désireux de se déplacer, notamment celui qui veut prendre un train, subit toute une série de tracasseries administratives.
Il doit accepter la vaccination que les Malgaches redoutent tant, mais pour le Dr Thiroux, c’est pourtant « le simple moyen de pression efficace pour imposer » cette immunisation. Cependant, pour échapper à ce contrôle, les Malgaches recourent à différents subterfuges que les contradictions du système colonial rendent possibles. À la gare, le guichetier reçoit l’ordre de ne délivrer le billet que sur présentation du certificat de vaccination et du passeport obtenu en montrant celui-ci. Toutefois, en payant plus cher, ils achètent un billet de deuxième classe, « le certificat médical n’étant exigé qu’aux seuls voyageurs de troisième classe ! »
Le plus souvent, ils circulent en automobile pour se soustraire à l’obligation du passeport administratif. La Chambre de Commerce de Tananarive et le chef de service des Chemins de fer finissent par constater « une diminution extrêmement sensible des indigènes transportés par train» et réclament un assouplissement des mesures. Neuf ans plus tard, à partir d’octobre 1930, le passeport administratif n’est plus exigible aux personnes venant des régions non contaminées ni à celles qui circulent entre la capitale et les localités d’Ambohidratrimo, Manjakandriana, Ambatolampy.
Une circulaire de décembre 1931 institue la libre circulation entre Antananarivo et Antsirabe. Et l’année suivante, « tous les indigènes en bon état de santé » peuvent se déplacer librement entre les districts de Tananarive-ville et banlieue, Ambatolampy, Antsirabe, Manjakandriana, Ambohidratrimo ainsi qu’à l’intérieur de ces districts.
L’auteure de l’étude souligne aussi que, pendant toute la période où les indigènes se trouvent soumis à une réglementation sévère, Européens et assimilés ne sont astreints qu’à cinq jours d’observation, à leur arrivée à destination. De même, cette mesure spéciale s’applique aux conducteurs et aux domestiques malgaches dont ils ont l’entière responsabilité. L’auteure de l’étude met en avant que, pour les Merina, la discrimination raciale entre Européens et indigènes rappelle les inégalités sociales, tandis que celle entre les différentes catégories d’indigènes renforce l’image du colon protecteur face à une administration oppressive. Le colon peut, à la limite, apparaître comme tout à fait capable d’éloigner la peste. Bref, « les relations avec les Européens se révèlent utiles ».
En fait, conclut l’historienne, en n’adoptant pas les mêmes dispositions sanitaires à l’égard de tous les administrés, le pouvoir colonial contribue à enraciner « le mythe d’une maladie qui épargne les Malgaches amis des Européens. » Et une rumeur circule dans la capitale que le Dr C.R., citoyen français, « est gravement malade, mais grâce à ses relations avec les Vazaha, il ne sera pas pesté. » Une interprétation de la peste justifiée par la brusque apparition de cette maladie inconnue durant la colonisation !
Pela Ravalitera
