Hakanto Contemporary consacre une rétrospective inédite à Pierrot Men, réunissant quatre cents œuvres, des archives, des peintures inédites et des créations photographiques qui retracent cinquante ans de parcours artistique.
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| « Fofon’aina » retrace cinquante ans de création de Pierrot Men. |
Derrière chaque photographie de Pierrot Men se cachent une histoire, une rencontre et un regard façonné par le temps. Avec « Fofon’aina », Hakanto Contemporary ouvre une vaste rétrospective consacrée à l’une des figures majeures de la photographie malgache. Présentée du 4 juillet 2026 au 14 février 2027, cette exposition rassemble près de 400 œuvres, des archives personnelles, des peintures inédites, des installations et des créations vidéo, offrant une lecture inédite de cinquante années de création.
Conçue par Joël Andrianomearisoa et Rina Ralay Ranaivo, l’exposition dépasse la simple rétrospective photographique.
« Il n’y a pas eu d’exposition construite sur l’histoire de son parcours. Chacun doit prendre sa responsabilité dans ce devoir de mémoire», souligne Rina Ralay Ranaivo. Selon lui, Pierrot Men demeure un artiste unique, dont le parcours raconte aussi une partie de l’histoire culturelle de Madagascar.
Le parcours s’articule autour de plusieurs espaces. Le premier retrace les grandes étapes de la carrière de l’artiste à travers ses distinctions, affiches d’exposition, catalogues, ouvrages, courriers officiels, photographies emblématiques et tirages originaux, tout en rappelant le milieu culturel qui a façonné son œuvre.
Douze facettes thématiques
Une seconde partie dévoile, pour la première fois au public, les peintures réalisées entre 1979 et 2012, période où Pierrot Men explorait encore le dessin et la peinture. L’espace restitue également son atelier de création, présente son matériel de peinture ainsi que des œuvres et des portraits réalisés par ses amis artistes, notamment Noël Razafintsalama et Sam.
Le troisième espace plonge les visiteurs dans l’intimité de l’artiste. Albums de famille, trophées, objets personnels et photographies dévoilent l’homme derrière le photographe et racontent les instants qui ont construit son identité.
L’exposition se poursuit avec une sélection d’œuvres inédites proposée par Joël Andrianomearisoa, offrant une lecture plus sensible de son travail. Réparties en douze facettes thématiques, les photographies explorent notamment « Dans la solitude d’un horizon éternel », « Dans la géométrie d’un monument», « Men at Work », « Pouvoir et contre-pouvoir », « La belle société de consommation » ou encore « RN7, l’aller-retour ». Paysages silencieux, scènes sociales, abstractions, émotions et symboles témoignent de ce regard singulier, hérité de son passé de peintre. Deux projections vidéo, nouveau médium exploré par l’artiste, concluent enfin le parcours et ouvrent une conversation entre Pierrot Men et les générations futures.
Avant de devenir photographe, Pierrot Men rêvait pourtant de peinture. Né à Midongy-du-Sud et installé à Fianarantsoa, il découvre son talent à l’âge de 15 ans en observant les toiles d’un peintre. Autodidacte, dans une ville dépourvue d’école d’art, il apprend seul en multipliant les expériences et les erreurs. « J’ai d’abord peint. Pour peindre, j’avais besoin d’un appareil photo afin de réaliser mes dessins à partir des planches-contacts. C’est ainsi que sont nées mes premières images », raconte-t-il.
Le véritable tournant survient grâce à une amie. « Elle m’a dit : “Pourquoi continues-tu à peindre alors que tes photographies valent bien plus que tes tableaux ?” J’ai alors repris mon appareil photo avec un regard de photographe et non plus de peintre. Depuis ce jour, je ne suis jamais revenu à la peinture. Une rencontre peut faire choisir une autre voie », confie Pierrot Men.
L’artiste n’oublie pas les difficultés de ses débuts.
« Ce n’était pas facile de vivre de la photo, mais quand on aime ce métier, on continue», affirme-t-il. Revenant sur l’évolution de son travail, il souligne également les transformations de la photographie : « La technologie a énormément évolué. Aujourd’hui, le numérique facilite la prise de vue, mais, comme avec l’argentique autrefois, les images demandent toujours un véritable travail de traitement. »
Cette célébration des cinquante ans de carrière se poursuivra en septembre avec la présentation d’un ouvrage consacré à son œuvre.
Plus qu’une rétrospective, « Fofon’aina » invite le public à parcourir l’univers d’un artiste qui n’a cessé de transformer le quotidien en mémoire visuelle. Entre peintures, photographies, archives et créations inédites, cette exposition célèbre cinquante ans de création tout en ouvrant un dialogue entre le parcours de Pierrot Men, l’histoire de Madagascar et les générations à venir.
Cassie Ramiandrasoa
