| L’allée des ficus et le Besakana, au Rova d’Antananarivo. |
Dans le Rova d’Antananarivo, il existe plusieurs enceintes ou quartiers. À côté de Besakana se trouvent Voahangy, Bevato et Bado, cette dernière située avec précision au coin des poulaillers (au sud-est de l’enceinte). Mahitsielafanjaka en marque la limite nord.
D’après Vincent Belrose Huygues, les « Tantaran’Andriana eo Madagascar » de Callet laissent entendre que la fonction des épouses royales n’est pas « tant d’assurer la descendance du souverain que de surveiller (‘mitandrina’) les talismans et palladiums royaux qui étaient déposés dans leur case et de symboliser les Douze saintes idoles ». Le palladium le plus important, « Manjakatsiroa », est placé à Mahitsielafanjaka au nord, tandis que « Kelimalaza » et « Rafantaka » se trouvent l’une au nord, l’autre à l’extérieur du Rova, à l’ouest (lire précédentes Notes, « Rova de Tananarive, d’Andrianjaka à Radama Ier : un exemple de syncrétisme esthétique au XIXe siècle »).
Aux enceintes réservées à l’habitation s’ajoutent divers enclos, à commencer par le « Kianja » (grande cour, place). À Ambohimanga, c’est une place sainte dans l’enceinte de Mahandrihono à l’ouest de la maison sainte ; à Antananarivo, elle se situe à l’ouest de Masoandro, à l’est de Besakana et au sud des « Tranomasina », c’est-à-dire dans la cour des femmes. « En réalité, elle appartenait au Rova d’Andrianjaka entre Masoandro et Besakana » (Vincent Belrose Huygues, lire précédentes notes).
Andrianampoinimerina, en construisant son propre Rova au nord de celui d’Andrianjaka, introduit une plus grande complexité des cérémonies et sacrifices, sous l’influence des astrologues antemoro.
Premier élément, chaque « lieu de culte », c’est-à-dire chacune des maisons des douze épouses et les demeures des idoles, possède son « Kianja » avec sa pierre de sacrifice. « Selon le jour, le devin indique tel ou tel coin du Rova pour le sacrifice, alors que sous Andrianjaka, on faisait tous les sacrifices à l’est.»
Second élément non réservé à l’habitation : le « Fahimasina ». À Ambohimanga, le parc à bœufs sacrés se trouve dans l’enceinte royale, à l’ouest du « Kianja » (les bœufs allant de l’ouest vers l’est pour le sacrifice). À Antananarivo, « Andrianampoinimerina avait construit deux parcs à bœufs, l’un ‘Menalefona’ se trouve près de Kelisoa : là est enfermé son taureau appelé Menalefona ; l’autre parc est Ampahibe, à l’ouest de Besakana : là sont enfermés les bœufs ‘sikidy’ et les vaches laitières » (R.P. Callet).
Le parc « Menalefona » ne convient pas à la définition du « Fahimasina », mais il témoigne encore une fois de l’importance « de la symbolique et de la pratique astrologique sous Andrianam-poinimerina ». L’enclos est situé au nord-est du Rova. « C’est le coin réservé au destin Alahamady, destin puissant choisi par les souverains. »
Or, le signe d’Alahamady est le taureau. Si l’on ajoute que « Mena » (rouge) est la couleur du souverain et que « lefona » (lance, sagaie) est un insigne honorifique, on découvre « toute la symbolique qui s’attache à la moindre dénomination de la moindre construction du Rova », fait remarquer (Belrose Huygues).. Le vrai parc à bœufs est Ampahibe dont la localisation remonte à Andrianjaka, au coin sud-ouest et peut-être à l’extérieur de l’enceinte royale.
Le troisième élément est cité par Coppalle (« Voyage à l’intérieur de Madagascar et à la capitale du roi Radama », Bulletin de l’Académie malgache, 1909-1910). « Dans l’ouest du palais est une petite cour plantée d’arbres. C’est là que se rend la justice », décrit-il. Les « Tantara » n’en font pas mention, indique l’auteur de la présentation du Rova, mais l’iconographie la plus ancienne, datant de 1862, en révèle la présence à l’emplace-ment des « ficus royaux ».
Toutefois, le père Callet signale l’existence d’un Lapa, «Tsarazoky », où l’on rend la justice à l’intérieur du Rova et qui est démoli par Ranavalona Ire. Il mentionne aussi un autre « Tsarazoky », à l’ouest de Masoandro, qui est la demeure du devin Ramiangaly.
Andrianampoinimerina installe enfin deux tribunaux suprêmes à Ambohimanga et Antananarivo, mais ils ne siègent pas en permanence. Celui d’Antananarivo se réunit dans « Tsarazoky», libéré pour la circonstance, et c’est certainement sous Radama qu’un tribunal permanent est installé à l’ouest de l’enceinte, à l’abri des arbres.
Pela Ravalitera