ZÉRO DROIT DE DOUANE - Les exportateurs malgaches à l’épreuve du marché chinois

Le tarif « zéro droit de douane » instauré par la Chine pour plusieurs pays africains, dont Madagascar, suscite l’intérêt des opérateurs économiques. Malgré cette ouverture, plusieurs obstacles continuent de freiner l’accès au marché chinois.

Les opérateurs économiques et les autorités chinoises ont échangé sur les opportunités des nouveaux tarifs douaniers instaurés par Pékin.

Les opérateurs malgaches s’intéressent de près au marché chinois. Certains produits phares, comme le girofle ou les produits textiles, cherchent à se frayer un chemin vers ce vaste marché, dont les droits de douane ont été supprimés par Pékin au début du mois de mai. Plusieurs opérateurs, notamment issus des filières agricoles telles que le girofle et le cacao, ont participé à une séance d’information organisée à l’ambassade de Chine à Nanisana. Ils y ont soulevé plusieurs questions relatives aux barrières non tarifaires et aux conditions d’accès au marché chinois.

Jean-Luc Dama, président du Groupement des exportateurs de girofle et autres épices de Madagascar (GEGM), a notamment évoqué la nécessité de mettre en place des mécanismes facilitant les échanges entre exportateurs et acheteurs afin de mieux pénétrer le marché chinois. « Il faudrait que nous ayons aussi un peu plus d’informations sur ce qu’il est possible de vendre en Chine. Certes, il y a de la demande pour le girofle, mais nous n’avons pas encore percé le marché », explique-t-il.

Des entreprises du secteur textile ont également fait part de leurs préoccupations. Frédéric Wybo, PDG d’une société textile de la Grande Île, a insisté sur l’importance du réseautage et de l’accompagnement des entreprises malgaches souhaitant accéder au marché chinois. Il s’est interrogé sur l’existence, au sein de l’ambassade, de dispositifs ou de techniciens susceptibles d’accompagner les entreprises dans leurs démarches auprès d’investisseurs et de potentiels acheteurs en Chine.

Processus rigoureux

La taille du marché chinois pourrait offrir d’importants débouchés aux produits malgaches. C’est ce qu’a souligné Liù Yuxi, ambassadeur chargé des affaires du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC). Il a détaillé la politique chinoise du « zéro droit de douane » tout en présentant les opportunités existantes pour les exportateurs malgaches.

« Outre la vanille et la viande ovine, la Chine et Madagascar ont déjà signé des protocoles d’exportation concernant les produits aquatiques sauvages, les poissons d’ornement issus de la pêche maritime ainsi que les arachides », indique Liù Yuxi.

Il ajoute : « Nous accueillons favorablement toutes les demandes de la partie malgache visant à exporter davantage de produits vers la Chine, afin de permettre à un plus grand nombre de produits malgaches de qualité et de spécialité d’y accéder. »

Selon les explications fournies, les autorités chinoises et malgaches collaborent étroitement sur plusieurs segments de marché. Pour exporter vers la Chine, les entreprises doivent toutefois suivre un processus strict en deux étapes. Les autorités malgaches procèdent d’abord à l’examen et à la recommandation des entreprises répondant aux normes requises. Les autorités chinoises valident ensuite ces candidatures et publient la liste des opérateurs autorisés.

Le respect des exigences techniques, notamment en matière d’étiquetage bilingue, d’emballage et de normes phytosanitaires, demeure déterminant. À leur arrivée en Chine, les produits font l’objet de déclarations en ligne, d’inspections physiques ainsi que d’analyses de laboratoire réalisées par les douanes chinoises. Toute non-conformité, comme l’absence d’un certificat requis, peut entraîner un refus d’accès au marché.

En dix ans, les échanges commerciaux entre la Chine et le continent africain ont considérablement progressé, atteignant un niveau record de 300 milliards de dollars en 2025. Pour les exportateurs malgaches, l’ouverture tarifaire constitue ainsi une opportunité, mais l’accès durable à ce marché dépendra également de leur capacité à répondre aux exigences réglementaires, à garantir la qualité de leurs produits et à s’inscrire dans la durée face à une concurrence déjà bien implantée.

Itamara Otton

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