La petite Landricia, âgée d’un an et demi, a été tuée dans des circonstances que les enquêteurs qualifient de « crime rituel ». L’affaire relance le débat sur les croyances associées aux personnes atteintes d’albinisme.
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| Le fokontany d’Antsihanaka, commune de Betsinjaka, est secoué par l’affaire d’assassinat de la petite albinos âgée de 1 an et demi. |
La tête de Landricia, une fillette albinos enlevée puis tuée la semaine dernière, a été retrouvée hier dans le quartier d’Ambohitsabo, dans la commune urbaine de Toliara. Selon plusieurs sources, elle aurait été découverte au domicile d’un médecin. Hier soir, les Forces de l’ordre n’avaient pas encore confirmé si ce dernier avait été placé en garde à vue.
Deux des principaux suspects ont été entendus par le procureur près le tribunal de première instance de Toliara et auraient reconnu les faits. L’enfant avait été enlevée devant ses parents, en pleine nuit, il y a une semaine dans le fokontany d’Ankalika. Lors du rapt, son père avait été grièvement blessé. Hospitalisé à Toliara, il se trouvait toujours dans un état critique au moment de la rédaction de cet article.
Selon les premiers éléments de l’enquête, Landricia aurait été conduite à Antsihanaka, un autre fokontany de Betsinjaka situé à environ quatre kilomètres d’Ankalika. Elle y aurait été séquestrée dans une maison en cours de construction.
« C’est tout près de la maison d’un chaman connu à Antsihanaka. La dépouille sans tête de la petite a été retrouvée dans la cour, près des infrastructures sanitaires extérieures du chaman, enveloppée dans du linge », affirme Benaria, président du fokontany d’Antsihanaka.
Ce dernier indique que les investigations ont rapidement orienté les enquêteurs vers cette piste. « J’ai été appelé de bon matin vendredi pour constater la dépouille. Les Forces de l’ordre et les autorités régionales, dont le chef de région, étaient déjà présentes », poursuit-il.
Des croyances persistantes
Dans cette localité rurale, certains habitants évoquent l’existence de croyances attribuant des vertus particulières à certaines parties du corps humain dans des rituels destinés à attirer richesse ou pouvoir.
« D’après ce qui se raconte ici au fokontany, des bébés ou des nouveau-nés seraient parfois utilisés dans des sacrifices rituels réalisés par des chamans. Mais l’enfant albinos comme victime est moins fréquent. Cette fois-ci, la petite fille a peut-être été choisie en raison des vertus supposées attribuées aux albinos », explique le président du fokontany.
Une personne âgée résidant à Antsihanaka affirme que, selon certaines croyances locales, ces pratiques auraient pour objectif de « conserver le pouvoir ou la richesse » ou encore « d’attirer la prospérité». Des croyances relatives aux prétendues vertus des yeux ou de certaines parties du corps des personnes albinos demeurent présentes dans certains milieux.
Selon plusieurs informations recueillies sur place, les auteurs présumés auraient envisagé de revenir sur la dépouille dans les jours suivants, le rituel nécessitant, selon eux, d’autres organes de la victime. Un opérateur du secteur des pierres précieuses figurerait parmi les personnes visées par les investigations.
À ce stade, huit personnes ont été interpellées, dont deux chamans, une femme présente dans la maison de l’un d’eux, deux autres hommes ainsi qu’un universitaire.
Samedi, le président de la Refondation de la République de Madagascar, le colonel Randrianirina, est intervenu publiquement sur cette affaire, qu’il a qualifiée de « crime rituel ».
« Je demande à ce que les responsables de ce crime soient emprisonnés à Tsiafahy et non à la prison de Toliara. Et que les commanditaires, quels qu’ils soient, soient connus du grand public. Il est temps d’éduquer la population et de ne plus vivre avec de fausses croyances, comme celle de sacrifier des enfants pour obtenir des richesses matérielles », a-t-il déclaré.
Mirana Ihariiva
