En déplacement à Morondava, le colonel Randrianirina annonce avoir trouvé un nouvel investisseur pour la société sucrière Siranala. Selon lui, une première phase d’investissement de 70 millions de dollars est prévue pour rouvrir l’usine.
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| Photo d’une partie du site de l’usine d’Analaiva, à l’arrêt depuis 2014. |
Une nouvelle lueur d’espoir. Telle pourrait être la portée du discours du colonel Michaël Randrianirina, Chef de l’État, à Morondava, pour les salariés de la société sucrière Siranala ou « Siramamin’Analaiva ».
Dans son discours devant les habitants de Morondava, dimanche, le locataire d’Iavoloha affirme : « Nous avons trouvé quelqu’un pour ce projet. » Il annonce ainsi que l’État a trouvé un nouvel investisseur pour relancer les machines de l’usine sise à Analaiva, une commune rurale située dans le district de Morondava. Il fait même état d’une première enveloppe de 70 millions de dollars pour la première phase de l’investissement.
Selon l’officier supérieur, cette première phase, qui devrait durer de dix-huit à vingt-quatre mois, permettra « la réhabilitation» de l’usine. Il ajoute que l’investisseur en question se rendra sur le site « dans trois semaines », pour effectuer des études techniques. « Certes, cela ne fait que huit mois que nous sommes au pouvoir, mais nous ne dormons pas », déclare le colonel Randrianirina, affirmant qu’il n’est pas indifférent face aux appels de détresse des salariés de Siranala.
Le locataire d’Iavoloha a réitéré son discours devant les employés de l’usine, à Analaiva, hier. Toutefois, à entendre les allocutions présidentielles à Morondava et à Analaiva, la question n’est pas encore actée. « Il faut se conformer aux procédures administratives. Un appel d’offres sera donc émis pour ce projet », a-t-il déclaré à Morondava. À Analaiva, il a ajouté : « Ils sont nombreux à être intéressés. L’un d’entre eux viendra dans trois semaines. Si ça ne marche pas, on fera venir d’autres. »
Une gageure
Le Chef de l’État concède, du reste, que la réouverture de la Siranala constitue une gageure. Outre le volet politique, le sujet revêt également des enjeux socio-économiques conséquents, non seulement pour la région Menabe, mais également pour le pays. Fleuron industriel du Menabe, l’usine compte sept cents employés permanents et deux mille saisonniers. En 2012, elle avait produit 34 000 tonnes des 100 000 tonnes de la production nationale.
La Siranala a été reprise en location-gérance par le groupe chinois Complant et rebaptisée Sucoma, ou Sucrerie Complant Madagascar, en 1997. Elle a cependant stoppé ses activités en 2014, à la suite d’une émeute qui a engendré le pillage du site d’Analaiva et l’incendie d’une partie de l’usine. Des événements qui résultent d’un conflit latent entre les salariés et les dirigeants.
Aussi, l’ancien président Andry Rajoelina a-t-il également fait le pari de relancer cette usine. Un challenge auquel il s’est engagé devant les salariés de l’usine, à Analaiva, en 2019. L’administration Rajaonarimampianina avait aussi voulu relever le défi. Une reprise des activités avait même été annoncée en 2017. Jusqu’ici, cependant, le site d’Analaiva est toujours à l’arrêt.
Les indiscrétions chuchotent que les prérequis posés par la société gérante de l’usine auraient fait achopper les négociations pour la reprise de ses activités. En plus des garanties sur la sécurité de leur investissement et des responsables, des indemnisations, le paiement des arriérés salariaux, ou encore le paiement par la partie malgache de la remise en état de l’usine auraient été exigés par Sucoma. En tout, les desiderata du groupe chinois s’étaient chiffrés à plusieurs millions de dollars.
L’annonce d’un nouvel investisseur faite par le colonel Randrianirina, à Morondava, suscite justement des questionnements par rapport au contrat avec le groupe Complant. « Je vais demander au ministre de l’Industrie et du Développement du secteur privé ce qu’il en est de la Sucoma», indique le Chef de l’État. Lors de la visite de l’ancien président Rajoelina à Analaiva, en 2019, il avait été dit que le contrat de location-gérance par Complant allait arriver à terme en 2021.
Par ailleurs, dans son discours d’hier à Analaiva, le locataire d’Iavoloha a visiblement voulu s’assurer que les événements de 2014 ne se reproduisent plus. La question de la sécurité des investissements, mais aussi des personnes et des équipements, est essentielle, en effet, pour convaincre les investisseurs. Il en appelle ainsi à une prise de conscience des salariés de la Siranala et à ne plus verser dans les réactions excessives sur la question des revendications sociales.
Garry Fabrice Ranaivoson
