C’est devenu une simple routine. Chacun l’appelle d’ailleurs comme il l’entend. Fête de l’Indépendance, fête de la République, fête nationale… Fête de l’Indépendance est incontestablement inappropriée étant donné qu’on ne l’a jamais été. C’était un cadeau empoisonné à un moment où l’entretien des pays colonisés devenait un fardeau pour les pays colonisateurs, parce que c’était une tendance géopolitique de l’époque, les années 60 pour l’Afrique. L’indépendance a été offerte alors que les anciennes colonies n’étaient pas prêtes à assumer cette situation. C’était plutôt un piège pour une dépendance éternelle, à l’aide permanente, à l’assistanat à l’infini.
Elles n’avaient pas assez d’infrastructures, à l’image des routes, d’industries, de cadres supérieurs, de techniciens, de savoir-faire… À preuve, on ne sait pas fabriquer des allumettes et des cure-dents, qu’on importe des pays qui n’ont même pas le tiers de la superficie des forêts de Madagascar. Tout ce que la colonisation avait de bien a d’ailleurs disparu avec la nationalisation, au point qu’il a fallu privatiser les sociétés d’État devenues fantomatiques.
L’indépendance n’a jamais été effective et la souveraineté servait seulement à afficher l’amour-propre quand des étrangers s’évertuent à se mêler de nos oignons.
La Fête de la République, puisqu’on ne l’est que sur le papier et pour l’histoire. Et ce n’est la faute de personne puisque la devise de la République change à chaque changement de régime. Et c’est pour mieux ne pas la respecter.
La démocratie exige l’existence d’une République, même si on n’en observe pas les préceptes. Du moment qu’il y a des élections, cela suffit à la communauté internationale, alors qu’à l’exception de deux ou trois présidentielles, le reste a été entaché de fraudes et de manipulations.
La Fête nationale est peut-être acceptable car on l’a toujours eue, même si elle n’a pas été fêtée comme aujourd’hui. Il y a d’ailleurs des pays qui n’ont pas de fête nationale, comme le Danemark et le Royaume-Uni, mais cela ne les empêche pas d’être des modèles de démocratie et de développement.
Que signifie la fête nationale si, derrière, les mesures prises sont anti-développement ? Baisser les droits d’accise de la bière et des télécommunications, et taxer le riz importé et le gaz à 20 %, tout en baissant le budget de l’éducation, n’a aucune cohérence avec la Politique générale de l’État. Quand on annonce que l’objectif de la loi de commerce est la relance économique, on constate qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.
S’il y a un domaine qui nécessite des mesures d’urgence et où les voyants sont tous au rouge, c’est absolument l’éducation. Les organismes internationaux comme l’Unicef et les bailleurs de fonds comme la Banque mondiale ont publié des rapports accablants. Réduire le budget de l’Éducation nationale constitue un infanticide.
Dans certains endroits, l’examen du CEPE s’est déroulé à même le sol, sans table-banc ni rien. Certains districts sont en train de construire leur lycée avec les moyens du bord. En même temps, les indemnités des députés ont été majorées et le budget de la présidence confortablement revu à la hausse.
Difficile, dans ces conditions, de trouver un rapport entre les priorités et les urgences.
Sylvain Ranjalahy