EXODE PROFESSIONNEL - Madagascar confronté à la fuite de ses talents

De nombreux jeunes choisissent de poursuivre leurs études ou leur carrière à l’étranger. Un phénomène qui prive le pays de compétences dont il a pourtant besoin pour son développement.

Lors d’une conférence de presse tenue hier par l’ONG Action pour l’Éducation Citoyenne (APEC Internationale), au Palais des Sports de Mahamasina.

La fuite des cerveaux demeure l’un des défis majeurs auxquels Madagascar est confronté. Chaque année, de nombreux étudiants et professionnels qualifiés choisissent de poursuivre leurs études ou leur carrière à l’étranger, attirés par de meilleures perspectives professionnelles et des conditions de vie jugées plus favorables.

« De nombreux étudiants et professionnels qualifiés choisissent de poursuivre leurs études ou leur carrière à l’étranger. Cela est dû au manque d’opportunités, aux difficultés socio-économiques, à l’insuffisance des infrastructures et aux perspectives professionnelles limitées », a souligné Rado Ratsivoarivony, représentant pays de l’ONG Action pour l’Éducation Citoyenne (APEC Internationale), lors d’une conférence de presse tenue hier au Palais des Sports de Mahamasina.

Cette rencontre a permis de présenter la cinquième édition de la Conférence internationale sur la fuite des cerveaux des étudiants africains, qui se tiendra jeudi prochain à l’Université d’Antananarivo.

Pour de nombreux diplômés, le départ apparaît comme la seule voie permettant d’améliorer leurs perspectives d’avenir. « Je me suis toujours dit qu’il fallait que je parte à l’étranger si je voulais avoir de meilleures conditions de vie, car il est difficile de vivre avec les salaires proposés dans le pays», témoigne Raymonde Nandrianina, une étudiante partie à l’étranger en quête de meilleures opportunités.

L’ampleur exacte du phénomène reste difficile à mesurer. « Aucun chiffre précis n’est disponible sur l’ampleur du phénomène, mais nous estimons qu’il est particulièrement important», indique Rado Ratsivoarivony.

Cette situation prive le pays de compétences qualifiées dans plusieurs secteurs. « Il est évident que notre pays manque de nombreux intellectuels qualifiés. Lorsqu’il faut réaliser certains projets, nous sommes souvent contraints de faire appel à des compétences étrangères. Pourtant, nous disposons de jeunes capables d’intervenir dans tous les domaines», poursuit-il.

Salaires attractifs

Une partie des étudiants partis se former à l’étranger choisit ensuite de s’y installer durablement. D’autres, restés à Madagascar, cherchent activement des moyens de quitter le pays, notamment à travers des formations professionnelles de courte durée facilitant l’accès au marché du travail international.

L’incertitude professionnelle constitue également un facteur déterminant. À l’issue de leurs études, de nombreux jeunes peinent à trouver un emploi correspondant à leur qualification. « Ainsi, un diplômé en ingénierie du BTP peut être amené à exercer un métier totalement différent de celui pour lequel il a été formé», relève le représentant de l’ONG.

Les conditions économiques alimentent également cette dynamique. Les rémunérations proposées localement ne permettent pas toujours de répondre aux attentes des jeunes diplômés, qui se tournent alors vers des marchés offrant des perspectives salariales plus attractives.

Près de quatre cents jeunes sont attendus à cette conférence. Les recommandations formulées à son issue seront regroupées dans un document de référence destiné à nourrir un plaidoyer auprès des ministères, du secteur privé, de la société civile et des autres parties prenantes concernées.

À travers cette initiative, les organisateurs entendent encourager la réflexion sur les moyens de mieux valoriser les compétences malgaches et de créer les conditions favorables à leur maintien au service du développement national.

Mialisoa Ida

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