Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a démissionné le 22 juin 2026. Élu avec une immense majorité moins de deux ans plus tôt, il a été poussé vers la sortie par ses propres députés. Parce que l’économie du pays ne décolle pas, que la vie coûte de plus en plus cher et que le peuple en colère menace de faire perdre aux députés leurs places aux prochaines élections.
À Londres, les institutions fonctionnent comme une horloge. Quand un dirigeant échoue, son propre parti le remplace calmement, sans violence, sans intervention de l’armée et sans changement de Constitution. Le Premier ministre s’en va, mais l’État continue de fonctionner normalement. Le pouvoir appartient à la fonction et non pas à l’homme.
L’illusion du contrôle total
Du point de vue politique, sociologique et anthropologique, cet événement contient une leçon essentielle pour les pays en quête permanente de leur identité politique, à l’instar de Madagascar. Fin 2025, la Grande Île a été secouée par de graves pannes d’eau et d’électricité. Cet effondrement des services de base n’est pas qu’un problème technique, c’est surtout un problème politique, social et humain.
Lorsque les pouvoirs publics malgaches n’arrivent plus à distribuer les richesses et à assurer le quotidien, le peuple retire sa confiance au chef et tout le système s’effondre. Le cas britannique rappelle, comme on l’a souvent vu à Madagascar, qu’une large majorité de députés à l’Assemblée nationale ne suffit pas à garantir la stabilité. Si la population souffre au quotidien, cette majorité souvent obtenue par des alliances ou des faveurs s’évapore très vite.
Les barrières parlementaires contre la violence
Les différents systèmes politiques malgaches de l’après-indépendance se caractérisent par l’absence de sortie de secours légale en cas de crise. Si à Londres, les députés peuvent renverser un dirigeant pour calmer la colère populaire, ici, les institutions parlementaires sont inféodées par le chef de l’État. Prisonniers de ce système, les « élus de la République » ne contestent plus les décisions, ils les acceptent sans broncher.
Puisque les lois ne changent pas le cours des choses, les jeunes de la « Génération TikTok » n’ont plus que deux outils pour se faire entendre : leur smartphone et la rue. La colère juvénile détruit les symboles du pouvoir et crée un grand vide. Et dans l’histoire politique de Madagascar, ce vide finit toujours par être rempli car la nature a horreur du vide.
La construction d’institutions solides et non pas d’hommes forts
La croyance en un « chef sauveur » et le recentrage du système de gouvernance en fonction des calculs politiques doivent cesser. La vraie stabilité ne s’obtient pas en interdisant aux gens de parler ou de manifester, loin s’en faut. Elle se construit en créant des règles claires qui permettent de gérer convenablement les crises. Pourtant, malgré la récurrence de celles-ci, cette ingéniosité a toujours manqué par manque de volonté ou refus d’apprendre du passé.
par Laza Andrianirina Membre titulaire de l’Académie malgache