CHANT TRADITIONNEL  - «Le Hira Gasy évolue sans renier ses racines»

Des thèmes contemporains aux figures acrobatiques, le hira gasy s’adapte à son époque tout en préservant les codes qui font sa singularité depuis des générations.

Rossy partageant sa vision.

Parler du téléphone portable, des réalités sociales actuelles ou encore des préoccupations quotidiennes des Malgaches tout en portant un costume hérité de l’époque royale. Le contraste résume à lui seul la trajectoire du hira gasy. Ancré dans l’histoire de Madagascar, cet art populaire continue d’évoluer sans renoncer à ses fondements, permettant à des centaines d’artistes de faire vivre une tradition qui traverse les générations.

 « Le hira gasy suit l’évolution de la société », résume Rossy. Bien qu’il ne soit pas lui-même mpihira gasy, l’artiste a grandi auprès de la célèbre troupe Ramilison. Aujourd’hui, il travaille avec de nombreux descendants des grandes familles du hira gasy au sein de son groupe. « Nous sélectionnons les meilleurs éléments issus de ces troupes », explique-t-il, soulignant la richesse artistique de ces interprètes capables à la fois de chanter, jouer des instruments et danser.

Cette capacité d’adaptation se retrouve d’abord dans les thèmes abordés. Si les valeurs traditionnelles demeurent au cœur des spectacles, les artistes n’hésitent plus à évoquer les mutations de la société contemporaine. Les chansons traitent aussi bien du respect des parents, de la vérité ou de la solidarité que des comportements modernes et des nouvelles habitudes de vie.

Pour Razafimahatratra Mamitiana Radomanana, secrétaire général des artistes de hira gasy à Madagascar et auteur-compositeur depuis 2010, cette évolution constitue une nécessité. « L’inspiration vient de ce que nous observons dans la vie réelle », explique-t-il. La vie des paysans, les situations rencontrées au quotidien ou encore les changements de la société nourrissent les créations. Carnet et stylo à la main, il note ses idées au fil de ses déplacements avant de les transformer en chansons destinées à la scène.

Déroulement traditionnel

Malgré cette modernisation des sujets, la structure du hira gasy demeure intacte. Chaque représentation conserve son déroulement traditionnel. Les artistes entrent sur scène sous les applaudissements, enchaînent avec le kabary qui introduit le thème principal, puis développent leur réflexion à travers le renihira et les zanakira. La représentation s’achève ensuite par différentes séquences chorégraphiques, notamment le dada et le dindahy.

Cette transmission ne concerne pas uniquement les chants et les textes. Les mpihira gasy se distinguent également par leur polyvalence artistique. « Ils sont tous multi-instrumentistes », souligne Rossy. En plus de chanter, ils maîtrisent plusieurs instruments traditionnels et participent aux différentes composantes du spectacle. Pour beaucoup, cet apprentissage débute dès l’enfance au sein de leur famille. Selon Razafimahatratra Mamitiana Radomanana, de nombreux artistes sont issus de lignées de mpihira gasy où le savoir-faire se transmet de génération en génération. Le talent, cultivé au contact des aînés, s’accompagne ensuite d’une formation pratique permettant aux plus jeunes de perpétuer un héritage artistique parfois centenaire. Ainsi, les descendants des grandes troupes continuent aujourd’hui de faire vivre cet art tout en préparant la relève.

L’esprit de confrontation intellectuelle reste également l’une des caractéristiques majeures du genre. Deux troupes se répondent autour d’un même thème dans une forme qui rappelle un débat philosophique. Chacune défend sa vision du sujet à travers les paroles de ses chansons et tente de convaincre le public de la pertinence de son argumentation.

L’évolution touche aussi les performances scéniques. Aux mouvements traditionnels comme le latsitanana, le dihy soroka, le dada ou le dindahy s’ajoutent désormais des figures plus modernes, parfois acrobatiques. Pourtant, les symboles historiques demeurent omniprésents. Les célèbres costumes rouges continuent de distinguer les artistes.

Cassie Ramiandrasoa

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