Causes perdues

Illogique ! Réduire le budget de l’Éducation nationale et de la santé publique pour les réaffecter à l’hémicycle. C’est une série de mesures incompréhensibles que contient la loi de finances initiale soumise à l’Assemblée nationale pour 2025. Un texte rédigé et revu en un temps record, juste après les mouvements populaires d’octobre. Il a été soumis dans de brefs délais à l’Assemblée nationale pour « éviter une paralysie de l’administration », avait-on expliqué.

Les députés, visiblement pris au dépourvu, n’auraient pas eu le temps de se pencher sur les questions épineuses lors des travaux en commission.

Résultat des courses : une loi de finances rectificative qui fait polémique. Entre la taxe sur les véhicules à moteur, avortée de justesse, et la redistribution bancale du budget, on note une hausse de plus de 13 milliards d’ariary pour l’Assemblée nationale au détriment des crédits alloués à l’Éducation ou encore à l’agriculture.

Dans d’autres secteurs, c’est encore pire. Les dépenses allouées à la sécurité présidentielle pourraient augmenter dans le projet de loi de finances rectificative qui est actuellement à l’examen à Tsimbazaza.

« Une enveloppe supplémentaire de 6,8 milliards d’ariary destinée à réviser les indemnités de fonction du personnel militaire de la Police nationale et du personnel civil qui y est rattaché. De manière plus globale, le budget de la Présidence alloué aux indemnités pourrait progresser de 10,5 milliards d’ariary », indiquait Midi Madagasikara aujourd’hui. Des hausses budgétaires supplémentaires, encore au détriment d’un secteur vital : celui de l’environnement.

Les allocations de fonds pour lutter contre le changement climatique sont revues à la baisse, passant de 15 à 11 % dans le projet de loi de finances rectificative. Une décision incompréhensible pour une partie de l’opinion connectée sur les réseaux sociaux. Qu’est-ce qui motive ces nouvelles priorités ? Pas de réponses claires pour l’instant, les autorités restent évasives. C’est un coup d’estoc pour les fervents défenseurs de ces causes, en particulier pour l’Éducation nationale, l’environnement et l’agriculture.

Ces secteurs sont vitaux ; ils constituent la base même du développement social et économique d’un pays. Aucun politicien n’aurait vu le jour sans des enseignants qui, malgré leurs maigres allocations, continuent d’exercer leur métier. Il en va de même pour l’agriculture : sans elle, personne ne mangera à sa faim. Quoique la Grande Île soit le pays de tous les possibles, et cela fonctionne dans les deux sens du terme. Elle est aussi le pays des causes perdues et des rêves ensevelis sous les décombres.

Itamara Otton

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