REFONDATION - Vif débat entre fédéralisme et État unitaire

Le débat institutionnel refait surface à Madagascar. Dans le cadre des discussions autour de la Refondation, la question du fédéralisme oppose les partisans d’une autonomie accrue des régions à ceux qui défendent le maintien d’un État unitaire. Le sujet, récurrent dans l’histoire politique malgache, dépasse toutefois la seule organisation administrative.

Lalaina Rakotondramanana, président du Synad, défend le maintien du modèle unitaire pour Madagascar.

Le fédéralisme repose sur un partage des pouvoirs entre l’État fédéral et des entités fédérées dotées d’une autonomie politique, administrative et financière. Ce modèle est appliqué notamment aux États-Unis, en Allemagne ou en Suisse. Aux États-Unis, les 50 États fédérés disposent chacun de leurs propres institutions, tandis que l’État fédéral conserve les fonctions régaliennes, comme la défense, la monnaie, la diplomatie et les relations internationales.

Ses partisans estiment qu’un tel système pourrait réduire la centralisation et permettre aux territoires de répondre plus directement à leurs besoins. À Madagascar, le parti politique ADN, Arche de la Nation, défend le concept de « fédéralisme sahaza », présenté comme une approche adaptée aux réalités malgaches.

Plusieurs associations et mouvements fédéralistes, notamment dans la région Diana, présentent également cette option comme une réponse aux déséquilibres territoriaux et à la pauvreté.

Cette revendication traduit aussi les limites de la décentralisation actuelle. Madagascar dispose déjà de collectivités territoriales décentralisées, mais celles-ci restent souvent dépendantes du pouvoir central, en particulier sur le plan financier et administratif. Dans les faits, de nombreuses décisions, ressources et démarches restent concentrées à Antananarivo.

L’option fédérale suscite toutefois des réserves. Lalaina Rakotondramanana estime que le maintien du modèle unitaire reste préférable au regard des contraintes actuelles du pays. Le président du Syndicat des administrateurs civils met notamment en avant le coût budgétaire d’une transformation institutionnelle profonde, qui pourrait impliquer la création de nouvelles structures politiques et administratives dans les régions ou les provinces.

D’autres voix soulignent les risques d’inégalités économiques entre territoires. Certaines provinces disposent déjà d’une avance économique ou infrastructurelle, à l’image d’Antananarivo, où se concentrent les principales administrations, ou de Toamasina, favorisée par la présence du principal port du pays. Sans mécanisme clair de solidarité nationale, un modèle fédéral pourrait accentuer ces écarts.

La question fiscale serait alors centrale. L’enjeu ne réside pas seulement dans l’autonomie des territoires, mais aussi dans la manière dont les ressources sont collectées et redistribuées. Qui lève l’impôt ? Qui finance les régions les moins dotées? Quels mécanismes garantissent l’équilibre entre les territoires ? Sans réponse précise à ces questions, une partie du pouvoir pourrait être transférée aux régions sans corriger les inégalités existantes.

Les limites du modèle centralisé

À l’inverse, l’État unitaire repose sur un pouvoir central unique, dont les décisions et les lois s’appliquent à l’ensemble du territoire. C’est le modèle actuellement en vigueur à Madagascar, comme dans de nombreux pays africains et en France.

Ce système présente l’avantage de préserver une unité juridique et administrative. Les mêmes règles s’appliquent sur l’ensemble du territoire et l’État conserve une capacité de coordination nationale. Dans un pays marqué par de fortes disparités régionales, cet argument demeure important pour les défenseurs du modèle unitaire.

Mais les limites du système centralisé sont régulièrement relevées. La concentration des services publics à Antananarivo oblige encore les habitants des régions à se déplacer vers la capitale pour certaines démarches administratives, comme l’obtention d’un passeport. Elle entretient aussi une forte dépendance financière et administrative des collectivités territoriales vis-à-vis du pouvoir central.

Le débat ne peut donc pas se résumer à une opposition entre unité nationale et division du territoire. Le fédéralisme ne signifie pas nécessairement l’éclatement d’un pays : l’Allemagne, la Suisse ou les États-Unis demeurent des pays unifiés malgré leur organisation fédérale. Mais, dans un État aux institutions fragiles, il peut aussi nourrir des tensions si les règles de répartition des compétences et des ressources ne sont pas clairement établies.

La véritable question porte ainsi sur la capacité de Madagascar à engager une telle transformation institutionnelle. Une réforme de cette ampleur supposerait une révision de la Constitution, un renforcement des administrations locales, des ressources financières suffisantes, ainsi que des mécanismes de contrôle et de redistribution crédibles. Sans ces garanties, le débat risque de rester théorique.

Doris Mampionona

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne