PRIX DU CARBURANT - L’État anticipe un éventuel choc pétrolier

Un mécanisme budgétaire serait prévu dans le projet de loi de finances rectificative pour faire face à la crise du carburant causée par la guerre au Moyen-Orient. Il servira à atténuer le choc d’une éventuelle hausse brutale du prix du carburant.

Les prix à la pompe ont connu une hausse  de 200 ariary début mai.

Une mesure préventive. C’est avec ces mots que le docteur Aimé Herinjatovo Ramiarison, ministre de l’Économie et des Finances, fait part d’un mécanisme budgétaire prévu dans le projet de loi de finances rectificative. Un mécanisme qui, selon ses explications, servira d’airbag pour éviter qu’une éventuelle hausse importante du prix des carburants n’asphyxie l’économie.

« Nous prévoyons, dans la loi de finances rectificative, une mesure préventive qui nous permettra d’atténuer les effets d’une éventuelle hausse du prix du carburant », déclare le grand argentier de l’État, en réponse aux journalistes, durant un petit-déjeuner de presse, hier, à Ambatonakanga. Il indique également que l’État est en discussion avec la Banque mondiale afin de pouvoir bénéficier d’un financement qui consolidera la résilience du pays en cas d’un éventuel choc pétrolier.

Le pays est toujours sous le régime de l’état d’urgence énergétique. Une situation prolongée via un décret acté en Conseil des ministres le 24 avril. La principale mesure qui en découle est le plafonnement des prix à la pompe. Le mécanisme d’ajustement automatique des prix, convenu avec le Fonds monétaire international (FMI), est ainsi mis en pause. Toutefois, début mai, les prix des carburants ont connu une hausse de 200 ariary par rapport aux prix affichés en mars et avril.

Le litre de supercarburant est ainsi passé à 5 100 ariary. Pour le pétrole lampant, le litre s’achète à 3 710 ariary, et le gasoil à 4 860 ariary. Cette hausse de l’ordre de 200 ariary correspond pourtant à la fourchette de hausse ou de baisse des prix à la pompe prévue dans le mécanisme d’ajustement automatique des prix. Un consensus qui permettrait à l’État d’arrêter de compenser par des subventions le gap entre le prix affiché et le prix réel, sans pour autant que les pétroliers ne vendent à perte et tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages.

Seulement, la crise pétrolière engendrée par la guerre au Moyen-Orient change la donne. « Ce mécanisme est adapté en période de conjoncture normale, lorsque les prix internationaux sont relativement stables, car il limite les variations dans une fourchette de 200 ariary par litre, à la hausse comme à la baisse. Cependant, la situation actuelle montre que la hausse réelle est bien supérieure à cette limite », a déclaré Radonirina Lucas Rabearimanga, ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures, pour expliquer la décision étatique lorsque la première quinzaine d’état d’urgence a été décrétée en début avril.

Un nouveau mécanisme ?

À s’en tenir aux explications du ministre de l’Économie et des Finances, hier, le plafonnement des prix est toujours en vigueur. De prime abord, avec cette hausse de 200 ariary, l’État a voulu desserrer la pression financière que cette mesure implique. « Cette hausse de 200 ariary était déjà en vigueur avant la crise, comme en février par exemple. Donc, elle est supportable pour les ménages », indique le docteur Herinjatovo Ramiarison.

Le prix d’achat du carburant importé dans la Grande Île est estimé à 7 000 ariary par litre. Un tarif qui dépasse déjà largement les prix à la pompe, alors que les charges logistiques ne sont pas encore prises en compte. Pour défendre la politique de plafonnement des prix, le grand argentier de l’État met ainsi en avant le caractère encore vulnérable de l’économie nationale, et le risque qu’une éventuelle hausse brutale des prix des carburants réduise à néant les efforts de relance.

Le mécanisme d’ajustement automatique des prix figure, toutefois, parmi les conditions d’acquisition des aides budgétaires du FMI dans le cadre des programmes de Facilité élargie de crédit (FEC) et de Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Après avoir bouclé une revue d’évaluation à Madagascar le 8 avril, les émissaires du FMI ont fait part de leurs réserves quant à la décision étatique de plafonner les prix des carburants.

« La mission a souligné l’importance de maintenir l’application d’un mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants suite à la pause en cours, afin de limiter l’impact de la forte hausse des cours mondiaux du pétrole sur le budget et de dégager des ressources pour répondre aux vastes besoins de développement de Madagascar », indiquent les émissaires du FMI dans leur communiqué de fin de mission.

« Il est impératif de mettre en place des dispositifs pour atténuer les conséquences de la crise pétrolière. Nous ne pouvons pas appliquer une forte hausse des prix à la pompe, sinon tous nos efforts de relance économique s’effondreront », déclare pourtant le ministre Herinjatovo Ramiarison. À l’entendre, son département et celui de l’Énergie et des Hydrocarbures « réfléchissent à un nouveau mécanisme à mettre en place ».

Garry Fabrice Ranaivoson

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