Initiée fin 2024 en faveur de trente pays, dont Madagascar, la Chine a confirmé, hier, la suppression de 100 % des droits de douane pour cinquante-trois pays africains. Une mesure saluée par les opérateurs malgaches dans un contexte international marqué par l’incertitude.
![]() |
| Séance de présentation de la nouvelle politique tarifaire de la Chine, hier à Nanisana. |
Pékin passe à l’offensive. Depuis le 1er mai, l’empire du Milieu a supprimé 100 % des droits de douane pour les produits africains, à l’exception de l’Eswatini. La Grande Île fait partie des pays qui vont désormais exporter leurs produits sans frais douaniers à l’entrée en Chine.
« Cette mesure couvre l’ensemble des catégories de produits, sans quota et sans condition politique supplémentaire », a expliqué hier Ji Ping, l’ambassadeur de la République populaire de Chine, dans le cadre de la présentation de cette politique tarifaire aux acteurs économiques malgaches. Cette mesure concerne tous les pays africains qui entretiennent des relations diplomatiques avec Pékin.
D’après les informations disponibles, cette disposition restera en vigueur jusqu’en avril 2028. Pékin explique avoir pris cette décision en raison de sa volonté de coopérer avec les pays africains. « À l’heure où l’unilatéralisme et le protectionnisme gagnent du terrain, la décision de la Chine de faciliter davantage l’accès des produits africains de qualité au marché chinois constitue un soutien ferme au multilatéralisme et à une économie mondiale ouverte », soulignait Ji Ping lors de son allocution.
Aux aguets
Dans les faits, la Chine accordait déjà un tarif douanier nul à 98 % des produits malgaches fin 2023, étendu à 100 % le 1er décembre 2024. Depuis lors, les exportations de la Grande Île vers la Chine ont dépassé les 200 millions de dollars par an. Il s’agit essentiellement de produits primaires comme les clous de girofle, les huiles essentielles, les crevettes ou encore les matériaux de construction en pierre.
Les opérateurs économiques sont aux aguets. Mais derrière ces mesures providentielles, il y a tout un travail à fournir en coulisses. Les opérateurs réclament également des mesures d’accompagnement de part et d’autre pour faciliter le commerce. La Chambre de commerce Chine-Madagascar plaide pour l’établissement d’un bureau de liaison afin d’accélérer les processus et d’accompagner les exportateurs. « Même si ces mesures préférentielles sont très opportunes, cela ne servira à rien si nous ne pouvons pas exporter », plaide Sylvia Mamiarivelo, présidente de la Chambre de commerce Chine-Madagascar. Elle souligne également la nécessité pour les opérateurs malgaches de respecter les normes de qualité, ces barrières non tarifaires qui risquent de compromettre cette nouvelle ouverture. « Quand les opérateurs chinois arrivent ici, ils voient des échantillons de qualité, mais au fur et à mesure des échanges, la qualité n’est plus au rendez-vous. C’est un aspect à corriger, car les marchandises pourraient être refoulées à la frontière », note-t-elle.
D’autres opérateurs se projettent sur le long terme. Béatrice Chan Ching Yiu, première vice-présidente du Groupement des entreprises franches et partenaires, plaide pour un meilleur accompagnement, dans un contexte où l’AGOA ne bénéficie que d’un fragile sursis. « L’AGOA expirera en septembre, et nous connaissons les menaces que cela représente pour Madagascar, notamment en termes d’emplois. Nous n’allons pas transférer ces produits sur un autre marché d’un coup de baguette magique, mais nous avons aujourd’hui l’occasion de percer sur le marché chinois »,
a-t-elle déclaré hier. Elle propose un modèle axé sur l’investissement à Madagascar : « Produire dans la Grande Île sous un régime franc, puis exporter vers la Chine. À nous de saisir les occasions qui s’offrent à nous et de voir ce que la Chine peut proposer », souligne-t-elle. L’enjeu pour la Grande Île est donc de monter en gamme et d’ajouter de la valeur à ses produits, pour dépasser le cadre classique des matières premières.
Itamara Otton
