COOPÉRATION - L’UE rappelle son poids face aux nouvelles alliances de Madagascar

Alors que Madagascar explore de nouveaux partenariats, notamment avec le rapprochement avec la Russie, l’Union européenne réaffirme son rôle central dans la coopération économique du pays. Un message qui mêle soutien affiché et mise en garde implicite.

L’ambassadeur Roland Kobia durant la conférence de presse d’hier à Ankorondrano.

Il faut se rappeler de certains fondamentaux». C’est un des messages lancés par Roland Kobia, ambassadeur de l’Union européenne (UE), durant une conférence de presse hier à Ankorondrano, pour donner le top départ de la célébration de la Semaine de l’Europe.

Au fil des échanges, la question de l’ouverture de Madagascar à de nouveaux partenariats, notamment avec la Russie, a été posée à l’ambassadeur de l’Union européenne. Une initiative assumée et affirmée par les tenants du pouvoir. Dans ses réponses, le diplomate a alors mis en avant le poids de l’Europe dans le champ de la coopération internationale de la Grande Île, chiffres à l’appui.

« (...) Le plus grand bailleur du pays, c’est l’Union européenne, 90 % de l’aide qui est donnée à Madagascar viennent des pays démocratiques, 90 % des investissements à Madagascar viennent des pays démocratiques et 90 % du commerce de Madagascar se fait avec les pays démocratiques », a déclaré l’ambassadeur Kobia, en ajoutant que « ce sont quand même des fondamentaux qu’il ne faut pas oublier, mais qui n’excluent pas la possibilité de faire du commerce avec d’autres et je pense que les autorités sont tout à fait conscientes du phénomène ».

Le choix du terme « pays démocratiques » n’est pas non plus fortuit, par opposition avec la Russie, que les États européens estiment ne pas en être un. Le diplomate concède néanmoins que « la politique internationale d’un pays se fait de manière souveraine. Madagascar a entièrement le droit de choisir et de diversifier ses partenaires. C’est un droit souverain », tout en insistant sur le fait « qu’après, il faut se rappeler de certains fondamentaux ».

À s’en tenir à ses réponses d’hier, par « fondamentaux », l’ambassadeur Kobia entend non seulement le poids économique, mais aussi la longévité et la constance de cette coopération, en déclarant : « nous sommes des accompagnateurs, des partenaires fidèles et loyaux de Madagascar. Notre assiette de coopération est aussi très large (...) ». Dans ses propos d’hier, il a également déclaré que « dans le contexte global où l’on voit le retrait de certains bailleurs, l’Union européenne, elle, n’a pas enlevé un seul ariary à sa contribution ».

Attractivité

Par fondamentaux, le diplomate entend aussi les valeurs partagées que sont, entre autres, la démocratie, l’État de droit et la bonne gouvernance. Dans une certaine mesure, les réponses de l’ambassadeur de l’Union européenne sonnent comme un rappel stratégique à un moment où la Grande Île s’engage dans un virage diplomatique. Une manière de dire que diversifier les coopérations ne doit pas signifier se détourner des partenaires « historiques ».

Durant cet échange avec la presse hier, Roland Kobia a également abordé un autre volet de la coopération, celui de l’attractivité du pays. Il y a l’attractivité vis-à-vis des investisseurs qui passe, selon lui, par ce qu’il qualifie de « signaux symboliques et concrets ». Le premier, explique-t-il, est la bienveillance affirmée par les autorités envers les investisseurs. Le second est la traduction en actes de cette bienveillance avec des initiatives et des décisions politiques.

« Ce que je constate, c’est qu’un certain nombre d’entreprises étrangères seraient prêtes à investir à Madagascar, mais qu’il semble parfois y avoir des réticences et il faut surmonter tout cela », indique l’ambassadeur de l’Union européenne. Cette question d’attractivité concerne aussi les aides publiques au développement. « Les fonds de développement ne sont pas illimités. (...) Madagascar doit prouver que c’est un pays attractif qui saura utiliser les fonds à bon escient (...) », souligne le diplomate, notant le contexte global de réduction des financements face à la hausse des besoins.

Pour Madagascar, en particulier, le contexte politique pourrait aussi être déterminant. Un sujet sur lequel Roland Kobia a mis l’accent dans la dernière partie de son mot d’introduction de la conférence de presse d’hier. Il rappelle que l’UE, ses pays membres et partenaires, ont choisi d’accompagner la Transition dans le processus de refondation, en ajoutant : « nous n’avons pas suspendu les aides ».

« Cela fait six mois que la Transition a commencé et nous sommes dans la phase où nous commençons à évaluer, à rester attentifs à l’évolution de ce qui se passe dans le pays (...) », ajoute toutefois le diplomate. Expliquant que les relations politiques ne sont pas figées, il indique, en parlant spécifiquement de l’Union européenne, que sa position « sera affinée » selon l’évolution de la situation.

« Nous avons voulu donner une chance politique à la Refondation et ne pas injecter dans cette Transition et dans ce moment compliqué un facteur de complexité supplémentaire. Nous espérons avoir fait le bon choix. Nous espérons que la Transition va continuer à travailler dans l’intérêt du pays et pour augmenter le progrès dans l’ensemble de Madagascar », déclare alors l’ambassadeur Roland Kobia.

Garry Fabrice Ranaivoson

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