Longtemps considéré comme l’or parfumé de Nosy Be, l’ylang-ylang traverse une grave crise qui plonge la filière dans l’incertitude.
| Du matériel de distillation hors-service. |
L’ylang-ylang, connu sous le nom scientifique Cananga odorata, est un arbre tropical à feuilles persistantes, originaire d’Asie du Sud-Est. Il est cultivé pour ses fleurs jaunes, dont est extraite, par distillation, une huile essentielle très prisée en parfumerie.
La production d’huile essentielle ne représente qu’une faible part de la matière première utilisée. En moyenne, cent kilogrammes de fleurs permettent d’obtenir environ 2,5 kilogrammes d’huile essentielle. Sur cette quantité, 27 % relèvent de la première qualité, le reste étant classé en seconde qualité.
La distillation se fait à l’aide d’alambics en inox ou en cuivre. Selon les informations recueillies, les deux alambics modernes en inox de la Société des Produits à Parfums de Madagascar (SPPM) peuvent contenir chacun cinq cents kilogrammes de fleurs et nécessitent douze heures de distillation. Les autres, en cuivre, demandent une vingtaine d’heures. Cette société est présentée comme le premier producteur mondial d’ylang-ylang.
En 2021, l’île a exporté 77 tonnes d’huile essentielle, contre 91 tonnes en 2019. Après le tourisme, l’ylang-ylang constitue l’une des principales sources de revenus de Nosy Be, générant une vingtaine de milliards d’ariary par an.
À Nosy Be, le parfum entêtant de l’ylang-ylang flotte encore dans certaines plantations. Mais cette culture ne suffit plus à soutenir l’économie locale. Jadis moteur économique de l’île aux parfums, la filière historique s’essouffle face à une accumulation de difficultés.
Dans plusieurs zones rurales, les producteurs tirent la sonnette d’alarme. Beaucoup dénoncent une forte baisse des revenus tirés de la vente des fleurs et des huiles essentielles. Les distilleries fonctionnent au ralenti. Certaines ont réduit considérablement leurs activités faute de rentabilité, tandis que d’autres ont cessé de produire.
Hausse des coûts de production
Avant, l’ylang-ylang permettait de faire vivre toute une famille. Aujourd’hui, les revenus ne couvrent même plus les dépenses quotidiennes , confie Manongazara, cultivateur et transformateur rencontré dans une plantation située à Belamandy, en périphérie de l’île.
La hausse des coûts de production fragilise davantage les exploitants. Le prix du bois utilisé pour la distillation augmente régulièrement, tandis que le vieillissement des équipements complique le maintien de la qualité des huiles essentielles destinées à l’exportation. À cela s’ajoutent des difficultés d’accès aux marchés internationaux, où la concurrence d’autres pays producteurs se fait plus vive.
Conséquence directe : plusieurs planteurs abandonnent progressivement leurs champs d’ylang-ylang au profit d’activités jugées plus rentables ou plus rapides, notamment les cultures vivrières et certaines activités liées au tourisme. Cette évolution inquiète les acteurs économiques locaux, conscients du poids historique de la filière dans l’identité de Nosy Be.
De leur côté, les importateurs étrangers ont réduit leurs commandes, alors que les stocks accumulés pèsent sur le marché. Le prix d’achat de l’huile essentielle aurait été divisé par trois, entraînant la fermeture de certaines distilleries locales.
Au-delà de l’économie, l’ylang-ylang représente aussi un patrimoine culturel et agricole. Pendant des décennies, cette fleur jaune à l’arôme puissant a contribué à faire connaître l’île sur le marché international de la parfumerie.
Raheriniaina