C’est une nouvelle qui fait froid dans le dos. Un employé décède après avoir été malmené par son entreprise pour des raisons de paie. Elle a toujours été ajournée, reportée à une date ultérieure, et ce, malgré les engagements qui tiennent les familles de nombreux employés par les burnes. Et ceux qui ont osé lever la voix pour réclamer leur dû ont été licenciés (près de 300 personnes).
Des cas similaires ont été répertoriés dans le monde. Des décès venant d’un arrêt cardiaque provoqué par le stress extrême et le surmenage. Les tribunaux et la médecine du travail, ailleurs, ont déjà reconnu le lien direct du phénomène avec une pression managériale malveillante (retards de paiement, chantage au salaire, privation de droits).
Et c’est pourtant peu dire que ce genre de management est le pain quotidien pour des milliers de travailleurs en zone franche.
Surtout dans les entreprises du textile. Le sous-emploi chronique dans la Grande Île, surtout dans la capitale et les régions environnantes, a fait miroiter l’Eldorado des zones franches comme une alternative sûre. Ce sont près de deux cent mille emplois directs et indirects qui en dépendent.
Les entreprises franches ont déjà fait part de leurs inquiétudes quant à la fin de l’AGOA, qui disposait déjà d’un fragile sursis jusqu’en septembre. Les commandes ne se bousculent plus, et les entreprises sont obligées de licencier en masse. On nous a toujours présenté l’AGOA comme le marché ultime.
Un accord préférentiel qui permettrait à ces deux cent mille personnes de vivre avec leur famille. Mais au final, quelles en sont les véritables retombées sur l’économie nationale et la société malgache ? Stress, burn-out et même maltraitances. Voilà le quotidien patibulaire de ces milliers d’employés.
Une masse silencieuse faute d’avoir des délégués syndicaux et de solides dossiers. Chaque poste est remplaçable. Si une personne part, il y aura toujours dix autres qui feront la queue.
Le gouvernement envisage de faire la guerre à l’informel dans le domaine des entreprises franches. C’est une disposition qui a été notée dans le rapport d’assistance technique du FMI.
Cette vaste procédure d’abrogation concerne 366 entreprises qui bénéficient du régime de la zone franche. Sur les 737 entreprises agréées depuis 1990, seules 279 sont aujourd’hui opérationnelles, mais il y a également d’autres sociétés qui bénéficient de ce régime franc au détriment de l’État malgache et de sa population.
Le régime de zone franche repose sur des incitations fiscales majeures, incluant une exonération de l’impôt sur les revenus pouvant durer dix ans, une exemption de TVA sur les importations et un taux de 0 % sur les ventes à l’exportation.
À travers cette opération, l’État veut supprimer les mauvaises pratiques qui minent le secteur depuis le plus haut niveau. Mais aussi, il veut recentrer les avantages aux opérateurs qui contribuent à la production locale et à la création d’emplois.
Mais pour de nombreux employés, le mal est déjà fait. Les doigts de fées malgaches ont longtemps été considérés comme une main-d’œuvre docile. Ils ne sont plus que des statistiques qui attireront de nouveaux investisseurs, qui eux-mêmes reproduiront ces pratiques, et puis rebelote !
Itamara Otton