Ici, on veut changer les mentalités ; là, ils ne savent que perpétuer les mêmes attitudes qui, deux fois en l’espace d’une génération, aboutirent au double incendie du palais d’Andafiavaratra (11 septembre 1976) et du Rova d’Antananarivo (6 novembre 1995). Ici, on a compris que c’est l’indifférence à l’Histoire qui permit que l’impensable se produise ; ailleurs, ce sont justement les leçons du passé qu’on se refuse à tirer de 1972 à 2025, en passant par 1991, 2002 et 2009. Ici, on souhaite voir chaque Malgache revendiquer ses racines, vivre sa culture, affirmer son identité, trouver ses repères et exister dans la mondialisation ; là-bas, on ne sait qu’instrumentaliser le concept-bateau d’ «unité nationale» : concevoir le pouvoir en quotas ethniques de strapontins et, faute d’arguments, dresser les cinq autres provinces contre l’Imerina.
Il existe une approche culturelle de la politique, parce que nourrie des réflexions sur les pratiques anciennes : «Antenimiera» (débat-autorisation) n’est pas qu’un simple mot, c’est toute une philosophie, un processus de décision sanctionné par le «Manjakatsiroa» (unicité de l’arbitrage ultime). On ne peut en avoir une première idée sans connaître ses classiques, comme le «Tantaran’ny Andriana».
Comment la légitimité d’Andrianjafy (oncle du futur Andrianampoinimerina) allait se perdre ; comment les notables allaient rallier la population ; comment la garde rapprochée du prince déchu allait concilier la loyauté et le sens de l’État sans verser dans la traîtrise ; comment un «usurpateur de génie» allait devenir le plus célèbre souverain de Madagascar ; comment le génie national est sans doute ramassé dans la prudence, une entr’ouverture sans énumération limitative, du numéro 263 du Code des 305 articles, promulgué le 29 mars 1881 : «Ny Lalàna sy ny Fomban-tany izay fanao hatramy ny ela, ary mbola arahina mandrak’ankehitriny, na dia tsy voasoratra amin’ity Lalàna ity aza, dia mbola Lalàna velona sy Fomba arahina» (Les lois et les coutumes anciennes, et jusqu’à ce jour observées, alors même qu’elles ne figureraient pas parmi les présentes, restent en vigueur : traduction de Gustave Julien).
Composé par une élite intellectuelle locale, encore héritière de ses aînés du 18ème siècle, et brutalement confrontée à des conceptions parfois radicalement étrangères à son «esprit des Lois», ce Code dit des 305 articles (Dimiventisitelonjato) a su conserver un cachet autochtone enraciné dans l’esprit des législations anciennes. Ranavalona II, en invoquant les noms d’Andrianampoinimerina, Lehidama, Rabodonandrianampoinimerina (Ranavalona I) et Rasoherimanjaka, ne convoquait pas seulement ses prédécesseurs à témoin, elle proclamait une continuité historique et culturelle.
Perturbée (et c’est un doux euphémisme) par les difficultés (encore un euphémisme) du quotidien, la population n’est pas prête à entendre ce message culturel. Mais, la nécessité en est là. Comme il y eut l’État-gendarme, on comptera sur l’État-culturel.
Nasolo-Valiavo Andriamihaja