Entre bâtiments dégradés, salles détournées de leur vocation et désintérêt grandissant du public, le théâtre malgache peine aujourd’hui à survivre.
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| Les infrastructures culturelles en déclin fragilisent la scène théâtrale malgache. |
Les rideaux tombent peu à peu sur le théâtre malgache. À Antananarivo, plusieurs infrastructures autrefois dédiées aux arts scéniques ne sont plus adaptées aux répétitions ni aux représentations, fragilisant davantage un secteur déjà confronté à de nombreuses difficultés. Pour les professionnels du milieu, le manque d’espaces culturels constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à la survie du théâtre.
Solohery Ramamonjy, dirigeant d’Antananarivo Teatra, revient sur l’histoire de ces lieux qui ont marqué les débuts de la scène théâtrale malgache. Selon lui, le premier véritable espace consacré au théâtre se trouvait à Ambatovinaky durant la période coloniale. « Les colons l’ont détruit parce que les opposants politiques s’y réunissaient. Par la suite, ni l’État ni le ministère n’ont procédé à sa reconstruction », explique-t-il.
Dans les années 1960, sous la gestion de Richard Andriamanjato à la Commune urbaine d’Antananarivo, le Tranompokon’olona Isotry, aussi appelé Théâtre municipal, avait été construit pour accueillir les activités théâtrales. Un autre espace avait ensuite vu le jour à Analakely. Toutefois, cette salle présentait déjà des limites techniques importantes. « Ce n’était pas vraiment adapté au théâtre, car il était difficile d’y installer des décors », précise Solohery Ramamonjy.
Espace de culte
Avec le temps, les infrastructures se sont progressivement détériorées. Les artistes ont plusieurs fois alerté les autorités sur l’état des lieux, sans résultat concret. « Les comédiens ont demandé que les infrastructures soient rénovées avant d’être utilisées, mais la commune n’a pas réagi », déplore-t-il. À Analakely, la situation a même pris une autre tournure. La salle est désormais occupée quotidiennement par des groupes religieux. « Le lieu est devenu un espace de culte du lundi au dimanche. Les plaintes des artistes n’ont plus été prises en considération alors que ces infrastructures avaient été créées pour le théâtre », ajoute-t-il.
Le metteur en scène, auteur et enseignant universitaire Mbato Ravaloson partage le même constat alarmant. Selon lui, le Tranompokon’olona d’Analakely n’est plus utilisable pour les répétitions. « Ce n’est pas seulement un problème d’infrastructure, mais aussi de sécurité avec les groupes religieux qui occupent les lieux », affirme-t-il. Quant au Théâtre municipal d’Isotry, il serait aujourd’hui complètement dégradé.
Face à ce manque d’espaces adaptés, les troupes théâtrales peinent à maintenir leurs activités. « Une troupe arrive à produire environ trois spectacles par an », explique Mbato Ravaloson. Pour lui, plusieurs compagnies existent désormais uniquement de nom.
« Aujourd’hui, il reste surtout des noms de troupes, mais il n’y a presque plus d’activités réelles », regrette-t-il.
Au-delà des infrastructures, le théâtre fait également face à une perte d’attractivité. « Le théâtre ne permet plus de vivre comme autrefois. À l’époque, des troupes comme Jeannette faisaient même des tournées », rappelle-t-il. Il évoque aussi l’influence des cultures étrangères et l’évolution des centres d’intérêt des jeunes générations, de moins en moins attirées par cet art traditionnel.
Entre bâtiments abandonnés, absence de soutien durable et mutation des habitudes culturelles, le théâtre malgache tente ainsi de résister malgré un environnement de plus en plus fragile.
Cassie Ramiandrasoa
