HISTOIRE - Un ouvrage redonne voix aux princesses oubliées

Conçu dans le prolongement de l’exposition « Exilées », l’ouvrage retrace avec émotion et rigueur le destin brisé des princesses royales malgaches contraintes à l’exil durant la colonisation.

L’ouvrage « Madagascar Exilées », désormais disponible, retrace le destin méconnu des princesses royales malgaches

Longtemps réduite à l’image d’une reine simplement exilée en Algérie, Ranavalona III retrouve enfin une voix plus humaine à travers Madagascar Exilées : Ranavalona III et les princesses oubliées. Pensé comme le prolongement de l’exposition Exilées au Musée de la Photographie, cet ouvrage de 130 pages rassemble des photographies rares, des lettres, des articles de presse, des récits historiques et des extraits de poèmes afin de raconter autrement une page méconnue de l’histoire de Madagascar.

Coordonné par Tsiory Asandratra Randriamanantena, directeur du Musée de la Photographie, le livre met en lumière le destin de cinq princesses royales malgaches contraintes à l’exil au début de la colonisation : Ranavalona III, née Razafindrahety, mais aussi Rasendranoro, Ramasindrazana, Razafinandriamanitra et Marie-Louise Razafinkeriefo.

« L’histoire manque parfois de nuances », explique Tsiory Asandratra Randriamanantena. « À travers cet ouvrage, l’objectif est justement de donner aux Malgaches une clé de lecture pour mieux comprendre leur histoire ». Plus qu’un simple catalogue d’exposition, le livre cherche ainsi à déconstruire certains préjugés autour de Ranavalona III. Souvent présentée comme une souveraine ayant simplement vécu en France après son exil, elle apparaît ici comme « une reine malheureuse », isolée, confrontée à des difficultés financières et privée de contact avec son peuple.

Réappropriation

Les pages retracent des trajectoires de vies bouleversées par l’éloignement, la douleur et la perte de repères. Elles révèlent également une facette méconnue de la dernière reine de Madagascar, devenue une véritable figure médiatique dans la presse française de l’époque. L’ouvrage rassemble ainsi près de 70 documents photographiques inédits, accompagnés de lettres écrites par la reine elle-même, d’archives officielles et d’articles de journaux.

Pour réunir ces précieux documents, le Musée de la Photographie a collaboré avec plusieurs municipalités françaises où Ranavalona III et son entourage ont séjourné, notamment Saint-Denis, ainsi qu’avec différentes institutions patrimoniales en France et en Tunisie. « Toutes les institutions contactées ont répondu favorablement », souligne le directeur du musée.

L’ouvrage s’inscrit dans une démarche plus large de transmission et de réappropriation de l’histoire nationale. « On cherche à transmettre l’histoire la plus juste. Nous avons cette histoire et nous pouvons en être fiers », affirme Tsiory Asandratra Randriamanantena. Le Musée de la Photographie souhaite ainsi encourager les jeunes générations à mieux comprendre cette période marquante de l’histoire malgache.

Présentée depuis le 21 mars 2026 au Musée de la Photographie à Antananarivo, l’exposition Exilées se poursuit jusqu’en octobre 2026. Elle réunit plus de 250 photographies datant de 1883 à 1930, ainsi que plusieurs archives historiques retraçant près de cinquante ans de l’histoire de Madagascar. La scénographie invite les visiteurs à suivre le parcours de ces princesses emportées par les bouleversements de la colonisation.

La réalisation de l’ouvrage a également mobilisé plusieurs collaborateurs, notamment Helihanta Rajaonarison qui assure la caution académique, tandis que les textes ont été écrits par Tsiory Randriamanantena avec la complicité éditoriale de Tamara Teissèdre. La relecture a été confiée à Aline Grihangne et le design graphique à Rindra Randriandimbimahazo.

Cassie Ramiandrasoa

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne