La chasse illégale des lémuriens continue de menacer plusieurs espèces protégées à Madagascar. Les spécialistes dénoncent surtout l’insuffisance de l’application des lois.
Les lémuriens, parmi les animaux les plus menacés au monde, sont de plus en plus ciblés par les chasseurs clandestins à Madagascar. Conservation International (CI) alerte sur une situation préoccupante : 98 % des espèces de lémuriens sont menacées d’extinction, tandis que 13 espèces ont récemment été reclassées dans des catégories de menace plus élevées. Le lépilémur septentrional figure actuellement parmi les espèces les plus menacées.
Pour le professeur Jonah Ratsimbazafy, spécialiste des lémuriens, le principal problème réside dans l’application des textes : « Déjà, la loi est très stricte à l’écrit, mais son application laisse beaucoup à désirer. »
Selon lui, la consommation de viande de lémurien ne se limite pas aux zones rurales. « De nombreuses personnes consomment de la viande de lémurien dans plusieurs régions, et pas seulement en brousse. On attribue souvent ce phénomène à la pauvreté, mais ce n’est pas le cas. Il s’agit parfois de personnes armées qui approvisionnent plusieurs restaurants, où la viande de lémurien est présentée comme un mets rare et recherché », déplore-t-il.
La chasse est pourtant une activité strictement encadrée à Madagascar par l’ordonnance du 3 octobre 1960 fixant le régime de la chasse, de la pêche et de la protection de la faune. Cette réglementation distingue trois catégories d’animaux: les animaux protégés, les animaux nuisibles et le gibier.
L’article 5 de cette ordonnance précise notamment que « le transport, le commerce, la vente, l’achat, la mise en consommation dans des auberges ou restaurants, ainsi que l’exportation des oiseaux ou autres animaux, qu’ils soient vivants ou morts, ou qu’il s’agisse de leurs dépouilles ou œufs, ne sont autorisés que dans les mêmes conditions que leur chasse ou leur capture ».
Hasina Giovanni