Eau de vie

Ce n’est pas trop tôt. Il a fallu attendre plusieurs décennies pour voir la capacité de la station de Mandroseza doublée, passant de 20 000 mètres cubes à 42 000 mètres cubes. De quoi alléger les souffrances des Antananariviens depuis vingt ans. Eh oui, aussi bien les dirigeants successifs que la population croyaient que l’eau était une ressource intarissable. Aucun gouvernement, aucune République n’a inscrit dans son programme la nécessité d’une extension de la capacité de Mandroseza. Encore moins de construire des stations pour approvisionner les districts et les communes aux alentours, comme personne ne songe à doter les grandes agglomérations d’une équipe de sapeurs-pompiers. C’est toujours d’ailleurs le cas. Un député pense plutôt à ses indemnités, à son 4x4 qu’aux problèmes d’eau, d’électricité et d’incendie. Or, la population a été multipliée par quatre, cinq ou six. Rien qu’à Antananarivo et ses environs, la population est passée de cinq cent mille habitants à trois millions, voire davantage.

Les bornes-fontaines en fonte massive, qui faisaient partie du patrimoine de la ville avant de subir les méfaits du vandalisme, coulaient sans interruption un peu partout, qu’il y ait un « client» ou pas. C’était à la fois le lavabo et le bassin-lavoir de la population. C’était dans les années 90.

Les choses se sont accélérées par la suite. Avec la disparition des bornes-fontaines, l’eau est aussi devenue une denrée rare dont la pénurie est amplifiée par le réchauffement climatique. Depuis quelques années, l’eau partage le sort des trottoirs, des parkings, du civisme, de la propreté... Les robinets sont asséchés au point que les appareils sanitaires sont le dernier des soucis des constructeurs immobiliers. À la maison, on évite autant que faire se peut d’avoir des visiteurs, étant donné que les toilettes ne fonctionnent pas.

Maintenant, le président de la Refondation recommande à la population d’utiliser l’eau de manière rationnelle. Ce n’est pas une mauvaise idée, mais qu’est-ce qu’on peut rationner quand aucune goutte ne tombe ? La Jirama ose même envoyer un avis de coupure d’eau pour une soi-disant facture impayée en 2021, alors que l’approvisionnement en eau est coupé depuis cinq ans. Au contraire, elle peut s’estimer heureuse qu’aucun abonné, par ignorance de ses droits et de la loi, ne porte plainte pour non-respect d’un contrat. Ailleurs, la dette déjà astronomique de la compagnie des eaux et de l’électricité aurait été majorée par les dédommagements qu’elle devait à ses abonnés.

L’eau, c’est la vie, on ne le répétera jamais assez.

Sylvain Ranjalahy 

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