Dina Razafimahatratra, entraîneur le plus haut gradé de Madagascar, formateur en coaching auprès de la Fédération internationale de tennis, ancien journaliste sportif et professeur certifié d’EPS, répond à nos questions sur la reconversion des athlètes.
Quelles actions concrètes devraient être prioritairement mises en œuvre pour accompagner la reconversion des anciens athlètes, à la suite des déclarations du Premier ministre Mamitiana Rajaonarison lors de la Journée internationale du sport ?
Le fait que le Premier ministre aborde la question de la reconversion est déjà encourageant. Toutefois, ces mesures doivent reposer sur l’anticipation. Il faut sensibiliser les athlètes dès le début de leur carrière, en leur faisant comprendre que leur statut de champion n’est pas permanent. La priorité serait de créer, au sein des fédérations, des structures d’accompagnement pour les aider à se fixer de nouveaux objectifs, dans le sport ou ailleurs. Cela suppose aussi un suivi psychologique personnalisé, assuré par des professionnels, mais cela aura forcément un coût considérable.
Quelles sont, selon vous, les principales lacunes à l’origine des difficultés rencontrées par les anciens sportifs ?
La première est la crise d’identité : beaucoup se définissent uniquement par leurs performances. Sans préparation psychologique, ils perdent leurs repères et tendent à s’isoler. Il y a aussi un déficit de formation : certains négligent les études et les formations professionnelles, ce qui limite leurs compétences transférables. Enfin, la précarité financière constitue un obstacle majeur. À Madagascar, le sport est loin du professionnalisme, les athlètes actifs peinent déjà subvenir à leurs besoins, et la retraite aggrave souvent la situation.
En tant qu’ancien DTN et sportif, comment évaluez-vous le dispositif actuel et quelles solutions proposez-vous ?
Le dispositif de reconversion est quasiment inexistant. Les athlètes sont livrés à eux-mêmes. Seuls ceux ayant anticipé s’en sortent, d’où un énorme gâchis de talents. Une solution réaliste est de favoriser la reconversion vers le métier d’entraîneur. Aux fédérations de mobiliser leurs ressources pour orienter les anciens champions vers cette voie. Même si tous ne deviennent pas de grands techniciens, ils peuvent contribuer au développement de leur discipline. Si le professionnalisme dans le sport à Madagascar est encore loin, l’alternative pourrait être le semi-professionnalisme.
On peut avoir l’exemple du padel à Madagascar, qui n’a pas encore 10 ans d’existence, mais qui, au-delà de son côté ludique et convivial, attire de plus en plus de pratiquants en rémunérant les joueurs classés tout au long de la saison sportive. Un bel exemple à suivre, où les sponsors affluent.
Donné Raherinjatovo
