COOPÉRATION GERMANO-MALGACHE - L’Allemagne à l’écoute du secteur privé

En marge de la foire Made in Germany, organisée samedi à la Villa Berlin, à Ambatoroka, Les Amis de l’Allemagne ont tenu une rencontre BtoB consacrée aux freins au développement économique germano-malgache.

Les représentants des stands et partenaires de la Foire Made in Germany et Oliver Knoerich, ambassadeur d’Allemagne.

D’entrée, Oliver Knoerich, ambassadeur d’Allemagne à Madagascar, a centré les échanges sur l’exploitation insuffisante du potentiel et des ressources dont dispose la Grande Île dans le cadre de la coopération économique entre les deux pays. Il a cité les secteurs minier, agricole et énergétique comme des leviers encore sous-exploités, tout en soulignant une forme de déconnexion entre les visions locales et celles des partenaires étrangers.

« En Allemagne, et même en Europe, la France mise à part, Madagascar n’est pas assez connu, malgré tous ses atouts », a-t-il constaté. Un décalage susceptible de freiner les débouchés économiques du pays, alors même que l’Union européenne représente son principal marché à l’exportation.

Son interlocuteur, le professeur David Rakoto, président du Cercle de réflexion des économistes de Madagascar (CREM), a livré son analyse d’enseignant en économie et d’ancien doctorant en Allemagne. Sur les relations entre les deux pays, il s’est réjoui de l’intégration progressive de l’Allemagne observée ces dernières années. Il a toutefois réfuté l’idée selon laquelle la faible présence économique allemande serait liée à la barrière linguistique, au regard du nombre croissant de Malgaches formés à l’anglais et à l’allemand.

Lenteur bureaucratique

Pour le président du CREM, les difficultés de rapprochement avec l’Allemagne s’expliquent davantage par les exigences des normes européennes auxquelles Madagascar doit se conformer, ainsi que par l’influence de la France, partenaire historique majeur de la Grande Île. Cet éloignement serait aussi renforcé par la volonté allemande de ne pas s’immiscer dans les affaires internes du pays, entraînant une divergence de vision avec les dirigeants malgaches.

Les réponses avancées par le professeur rejoignent les propositions du CREM en faveur d’un développement économique plus autonome à Madagascar. « Lorsque l’on me demande quelles seraient les clés du succès pour ce pays, je réponds que c’est la gouvernance. Et, dans la gouvernance, l’ennemi à éliminer est la corruption présente à tous les niveaux », affirme-t-il.

Selon lui, le marché est également affecté par cette corruption systémique, dans un environnement largement dominé par le secteur public et certaines entreprises privées privilégiées. Dans ce contexte, les politiques fiscales et d’investissement limiteraient l’attractivité du pays pour les partenaires étrangers et les investisseurs.

L’un des fondateurs de la joaillerie Morebelli, Giuseppe Pocobelli, a également fait entendre sa voix lors de cette rencontre. Il a confirmé la complexité des procédures administratives et souligné le besoin de synergies permettant de connecter les entreprises déjà présentes dans le pays.

« En tant qu’investisseur et entrepreneur à Madagascar, j’adore travailler ici et nous essayons de faire fonctionner les choses malgré les blocages administratifs. (…) Existe-t-il un canal par lequel un entrepreneur peut exposer les problèmes rencontrés dans le pays ? », a-t-il interrogé.

En l’absence d’une institution ad hoc, l’ambassade d’Allemagne a annoncé son soutien, aux niveaux politique et administratif, aux entreprises allemandes, malgaches et internationales en lien avec l’Allemagne.

« L’ambassade ne peut pas remplacer une chambre de commerce, mais nous pouvons nous entendre et chercher des solutions ensemble, dans les limites de nos capacités », a déclaré Oliver Knoerich devant plusieurs représentants de multinationales, dont Liqui Moly, DHL et Mercedes, représentée par CFAO Mobility.

Le diplomate a également annoncé la finalisation de l’actualisation de l’Accord de partenariat économique (APE) reliant l’Union européenne aux régions partenaires d’Afrique orientale et australe. Signé en août 2009, cet accord facilite un accès quasi libre au marché européen, mais des obstacles liés à la bureaucratie continuent d’entraver les échanges commerciaux.

« Au-delà des droits de douane et des quotas, beaucoup d’entreprises demandent à ce que les procédures soient facilitées (…) Cet accord est en cours de modernisation et, dans les semaines qui viennent, les cinq pays de la région signeront avec l’Union européenne, premier client à l’exportation de Madagascar », a précisé l’ambassadeur.

Possenti Tracy

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