La crise de l’électricité à Toamasina s’enlise, malgré des annonces de rétablissement rapide. Une grande partie de la population reste plongée dans le noir.
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| La capitale betsimisaraka ne s’est pas encore relevée après le passage de Gezani. |
La lenteur des travaux de réparation et du rétablissement de l’électricité suscite l’exaspération de la population. Les objectifs de restaurer le courant dans la ville de Toamasina à la fin du mois de mars sont compromis.
Alors qu’un rétablissement total était initialement prévu pour cette échéance, les réparations du réseau basse tension devraient, quant à elles, s’étendre sur plusieurs mois. Nommé en mars, le chef de l’unité de coordination pour la reconstruction de Toamasina, le général de division Heritiana Ramasy Razafindratovo, a indiqué lors d’un point de presse la semaine dernière que le taux de rétablissement de l’électricité atteint actuellement 83 %, soit environ 40 000 abonnés.
« Nous présentons nos excuses car l’objectif de 100%, prévu ce 14 avril, n’est pas atteint. On est à 83 % de taux de restauration. Les 17 %, soit 10 000 abonnés, restent encore à brancher. La vétusté des matériels et des infrastructures et les difficultés d’accès dans les zones sinistrées rendent les choses difficiles. Les neuf prestataires pour aider les éléments de la Jirama n’étaient complets que le 25 mars dernier, et deux d’entre eux ont été électrocutés lors des interventions. On est en train de réparer les branchements avec des professionnels. Une équipe venant d’Antananarivo est également à Toamasina pour renforcer les travaux, depuis le 10 avril. Selon les recommandations de l’État, le courant doit être rétabli rapidement dans tous les fokontany. Ainsi, un nouveau calendrier sera établi pour les travaux de restauration de l’électricité dans les fokontany et carreaux qui ne sont pas encore approvisionnés. Toutefois, nous tenons à mettre en garde que seule l’unité de coordination est autorisée à dresser et établir le calendrier pour éviter les perturbations et afin d’apporter un climat d’apaisement. Nous demandons de la patience, du calme et de la sagesse. Toute tentative de corruption devra être dénoncée, nous appelons à la collaboration avec la population », a déclaré le chef de l’unité de coordination, le général de division Razafindratovo Heritiana Ramasy.
De son côté, la population de Toamasina, en particulier les sinistrés, exprime son indignation face à la situation. Le rétablissement reste en effet partiel, avec moins de la moitié de la ville — soit 62 fokontany sur 138 — initialement réalimentée.
Obscurité
« On se demande d’où proviennent ces chiffres, le taux de branchement de 83 % ? C’est totalement erroné car on est encore des milliers à vivre dans le noir, sans électricité depuis le mois de février», a déploré un habitant à Anjoma, dans la partie Sidema.
De nombreux fokontany restent en effet privés d’électricité jusqu’à ce jour, notamment Tanamborozano, Androranga, Morarano, Ambolomadinika, Ankirihiry, Ambalamanasy, ainsi que le quartier d’Anjoma autour de l’école David Jones, le Bazar Be, Anjoma 23/23, Analakininina, Barikadimy, Tamatave II Nord, et jusqu’à la commune rurale d’Antetezambaro, dans le fokontany de Vohidrona.
Un établissement hôtelier situé à Ambolomadinika se dit à bout de souffle. L’utilisation de groupes électrogènes pour faire fonctionner l’hôtel, deux établissements avec des dizaines de chambres et restaurant, provoque des préjudices financiers considérables et des pertes pour les propriétaires.
« Nous sommes vaincus. Cela fait aujourd’hui 65 jours que nous luttons contre les prix du carburant pour éviter que des centaines de travailleurs ne se retrouvent au chômage technique. Beaucoup ont déjà retrouvé l’électricité, mais la nôtre semble ne faire que passer. Les entreprises malgaches peinent à fournir du travail à leurs voisins, mais se sentent durement pénalisées par cette coupure d’électricité. Nous n’avons aucun droit de savoir quand l’électricité sera rétablie », a lâché l’opérateur.
Face à cette crise, la tension monte. Samedi soir, des habitants ont brûlé des pneus à Andranomadio, parcelle 11/43, place 8, près de l’hôtel Alia Mangarano, pour réclamer le retour de l’électricité.
Dans plusieurs quartiers, les inégalités d’accès sont frappantes : certaines zones sont alimentées tandis que, à quelques mètres seulement, d’autres restent plongées dans l’obscurité, comme à Mangarano. Le long de la RN2, de Fanandrana à Melville, jusqu’au pont Dayho et Sary Masina, ainsi que sur la route menant à Barikadimy, c’est l’obscurité est totale.
Vero Andrianarisoa
