ANTANANARIVO - Les enfants de rue livrés à eux-mêmes

Antananarivo compte un nombre important d’enfants vivant dans la rue, exposés quotidiennement à de multiples dangers. Ces mineurs grandissent sans accompagnement.

Des enfants de rue lors de la célébration de la journée mondiale des enfants de rue, à Antanimena, hier. 

La nuit tombe sur les rues d’Analakely et sous le pont de Behoririka. Des enfants de rue se regroupent pour partager les derniers instants de la journée, avant de chercher un coin où dormir. Une fois la nuit installée, ils affrontent l’obscurité seuls, sans adulte pour veiller sur eux.

À l’écart des autres, Sandrina, 18 ans, dort avec sa petite fille de 2 ans et sa sœur de 14 ans sous le pont de Behoririka. Toutes trois passent leurs nuits sans figure de protection, dans un environnement où le danger est permanent. 

« Des garçons viennent nous agresser pendant la nuit. Pendant que nous dormons, ils s’approchent par-derrière et coupent nos pantalons avec une lame pour nous violer », confie-t-elle.

Ces violences se déroulent dans une forme d’indifférence. Peu d’interventions viennent protéger ces jeunes filles mineures, interrompre ces actes ou en prévenir la répétition. Sandrina redoute par-dessus tout que sa petite fille en soit victime. « Je ne dors pas la nuit, je reste éveillée par crainte que quelqu’un ne fasse du mal à mon enfant », dit-elle.

Frein majeur

Les enfants de rue sont généralement livrés à eux-mêmes. Ils grandissent sans repères ni protection. Au quotidien, aucun cadre ne les entoure : ni parents, ni famille, ni tuteur, ni prise en charge effective. 

« Nous cherchons nous-mêmes de l’argent pour acheter nos repas, en mendiant ou en faisant de petits boulots. Nous n’avons ni marmite ni assiette. Nous achetons des aliments déjà cuisinés et, lorsque nous ne trouvons pas d’argent, nous mangeons le fond de marmite de riz brûlé des gargotes », témoigne Diary, une autre adolescente.

À 13 ans, Fandresena, qui avait récemment souffert d’un problème gastrique, s’est débrouillée seule pour se soigner. « J’ai demandé à mes amies de m’accompagner chez notre médecin à Antaninarenina. Ce sont elles qui ont payé mes médicaments et je les ai remboursées plus tard, lorsque je me suis remise sur pied », raconte-t-elle.

Cette absence de figures d’accompagnement constitue un frein majeur au respect de leurs droits fondamentaux. « Ils n’ont pas accès à l’éducation, ne bénéficient pas de soins de santé, ne disposent pas d’une identité reconnue, sont privés de cadre familial et ne jouissent d’aucune protection », indique Mihary Nantenaina Rajaona, coordinateur local du projet Sandratra, hier au stade Cheminot à Antanimena, dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale des enfants en situation de rue.

À cette occasion, le collectif Sandratra a organisé des actions de sensibilisation et de prise en charge. Environ cinq cents enfants de rue ont bénéficié de consultations médicales gratuites, d’un accompagnement administratif, de séances de sensibilisation à la santé et à l’hygiène, ainsi que d’activités ludiques. Ces bénéficiaires ont pu retrouver, pour un temps, une forme d’insouciance.

Au-delà de ces initiatives, ces enfants expriment surtout un même désir : quitter la rue pour retrouver un foyer, une famille, une protection.

 Miangaly Ralitera

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