PORTRAIT - Lico Kininike impose sa signature en salegy-tsapiky

Porté par un héritage familial profondément ancré, Lico Kininike réinvente le tsapiky en le fusionnant au salegy pour tracer une voie artistique singulière.

Lico Kininike en scène, entre héritage et innovation musicale.

Sur scène comme dans la vie, Lico Kininike incarne une évidence : le tsapiky coule dans ses veines. Bien avant de se revendiquer artiste, il a grandi dans cet univers musical, bercé par les sonorités du Sud. Aujourd’hui, il s’impose comme le seul à porter une fusion audacieuse entre salegy et tsapiky, un mélange qu’il façonne avec identité et conviction.

Le tsapiky, explique-t-il, est un rythme du Sud aux multiples branches : masikoro, mahafaly, tanosy… une richesse culturelle qui traverse les générations sans perdre son essence. Danse emblématique, il se distingue par des mouvements caractéristiques : les épaules en action chez les hommes, tandis que les femmes mêlent kininike et jeux de hanches. Un langage corporel qui traduit toute l’énergie et la convivialité de cette musique ancestrale.

Très tôt immergé dans cet héritage, Lico Kininike reconnaît avoir vécu dans la musique sans envisager d’en faire un métier. L’influence de sa mère, Rasoa Kininike, figure du tsapiky, a pourtant marqué un tournant décisif. Après son départ, l’artiste choisit de poursuivre cette voie, transformant un vécu en vocation. « J’ai grandi dedans, sans penser devenir artiste. Mais ce que j’ai vécu m’a poussé à continuer », confie-t-il.

Évolution

C’est ainsi qu’est née sa signature : le salegy-tsapiky. Partant d’une base instrumentale typique du tsapiky, enrichie par le clavier du salegy, il crée une fusion rythmique originale, portée par une cadence rapide et entraînante. Une innovation qui, selon lui, répond à une nécessité : se démarquer dans un univers musical riche mais exigeant.

Sur scène, Lico Kininike livre des performances en privilégiant l’intensité et l’ambiance. Il joue sur la variation des rythmes pour captiver le public. Ses morceaux, souvent inspirés de la vie quotidienne, portent aussi des messages et des conseils, rappelant le rôle social de l’artiste.

Habitué des grandes scènes et festivals à Madagascar — Somaroho, Donia, Coliseum ou encore Angaredona —, il observe néanmoins une évolution dans la diffusion musicale. Aujourd’hui, les réseaux sociaux ont pris le relais, offrant de nouvelles perspectives, notamment pour des projets comme ce festival dédié au tsapiky.

Au-delà de la performance, Lico Kininike voit dans la reconnaissance du tsapiky comme patrimoine culturel, notamment à travers son inscription à l’Unesco et l’organisation de festivals, une opportunité majeure. Pour lui, cette valorisation permet non seulement de préserver un héritage ancien, mais aussi d’ouvrir des horizons aux jeunes artistes. « Avant, c’était national. Aujourd’hui, c’est international », souligne-t-il, convaincu que cette musique peut porter loin.

Entre tradition et innovation, Lico Kininike trace ainsi son chemin, fidèle à ses racines tout en imposant sa propre identité. Une trajectoire où l’héritage familial devient une force créative, au service d’un tsapiky en constante évolution.

Cassie Ramiandrasoa

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