Essenciel

’heure est grave. Comme dans beaucoup de pays, la guerre au Moyen-Orient nous frappe indirectement. Comme le détroit d’Ormuz reste fermé aux tankers européens et américains, l’approvisionnement en carburant commence à être hypothétique. Le gouvernement a déclaré hier l’état d’urgence énergétique. Une situation qu’on n’a jamais vue depuis  la fin de la colonisation. Même le choc pétrolier de 1973 n’a pas eu de conséquences dévastatrices dans les petits pays. Il faut dire que la consommation de carburant à l’époque était minime.

Cet état d’urgence signifie que les voyants sont au rouge pour au moins quinze jours. La réserve de l’OMH commence à s’épuiser et, depuis hier, plusieurs stations sont à sec. Autrement dit, c’est sûr que pendant quinze jours, on va souffrir. Le pays sera plus ou moins paralysé. Le transport en particulier, mais les autres secteurs d’activité seront également atteints. Sans carburants, les centrales thermiques de la Jirama ou de ses prestataires seront à l’arrêt, et un black-out total de tout le pays n’est pas à écarter. Une crise sociale de grande envergure se trouve dans les parages. Seuls ceux qui utilisent de l’énergie solaire pour leur usine, leur entreprise, leur maison… seront à l’abri. Néanmoins, les véhicules, même ceux électriques, seront immobilisés. Heureusement que, depuis plusieurs décennies, le délestage fait partie du petit déjeuner de la population. On est presque devenu des mutants qui se sont adaptés à l’époque des ténèbres à force de broyer du noir 24 heures sur 24 heures, sept jours sur sept, cinquante-deux semaines sur cinquante-deux, treize mois sur douze. Plus rien n’est surprenant et on n’a plus la force de se mettre en colère devant les explications bidons de la Jirama, devenues des récitations bien apprises sinon on subit un arrêt cardiaque au même rythme que les délestages. Ce n’est pas plus mal car on meurt et on ressuscite. 

On ignore quelles seront les mesures impliquées par l’état d’urgence. Sûrement des rationnements du carburant, de l’eau et de l’électricité. Mais le pire est à craindre étant donné que la guerre au Moyen-Orient s’éternise alors que les États-Unis veulent en finir. Pour le moment, le cours du baril se stabilise, mais dans plusieurs pays européens, le prix à la pompe a presque doublé. 

À l’heure actuelle, aucune solution n’est en vue même si Madagascar Oil produit déjà une certaine quantité de fuel à Tsimiroro. Et les réserves de pétrole lourd ont de quoi avoir une tranquillité pendant plusieurs années. Si on avait laissé la société en toute sérénité, sans une coupure de la production en 2016, on aurait fait un grand pas vers l’autonomie énergétique. Hélas, la politique s’en est mêlée pour chercher la petite bête bloquer la production de Tsimiroro. Il n’y a pas que Tsimiroro d’ailleurs. D’autres plateaux regorgent d’importantes quantités de pétrole lourd ou du grès bitumineux comme Bemolanga, dont l’exploitation est peut-être plus rentable qu’il y a cinquante ans quand le groupe Mahaleo chantait la déception suite aux promesses annoncées vis-à-vis de ce gisement.

Sylvain Ranjalahy 

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