BEHORIRIKA - Le PDS confronté d’entrée aux marchands de rue

Le nouveau président de la délégation spéciale d’Antananarivo est confronté d’entrée à la dure réalité de l’administration de la capitale. Il a fait face à une manifestation de marchands de rue, à Behoririka, hier.

Fenoherintsoa Ralambomanana, président de la délégation spéciale (PDS) d’Antananarivo, lors de sa descente à Behoririka, hier.

Directement dans le grand bain. Fenoherintsoa Ralambomanana, président de la délégation spéciale (PDS) d’Antananarivo, n’a même pas encore officiellement pris ses fonctions qu’il se retrouve confronté à l’un des casse-tête de l’administration de la capitale. Il s’agit de la gestion du cas des marchands de rue.

Hier, alors que la passation de pouvoir entre lui et celle qui assure l’intérim à la tête de la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA) n’a pas encore eu lieu, le PDS a dû mouiller le maillot. Il s’est rendu à Behoririka pour désamorcer un bras de fer entre des agents de la CUA et des marchands de textiles installés sur le trottoir et une partie de la chaussée. Une dispute dans le cadre d’une opération d’assainissement des marchés.

Les vendeurs délogés, en colère, ont alors tenu une manifestation au milieu de la route, bloquant la circulation en pleine heure de pointe. Face à l’intransigeance de ces derniers, à la tension qui montait en crescendo et pour débloquer l’axe Behoririka, le PDS Ralambomanana a dû céder. Il a accepté que les marchands de textile poursuivent leurs activités jusqu’à 8 heures.

Dans leur accord avec la CUA, jusqu’ici, ces vendeurs de textile peuvent effectivement rester jusqu’à 8 heures. Cependant, certains dépassent largement l’heure limite quotidienne. Dans l’euphorie, ils en ont profité pour exiger la dissolution du service d’assainissement des marchés, dont ils accusent les agents d’abus et de racket. « Nous tiendrons néanmoins une réunion après la passation, afin de chercher une solution de consensus », a déclaré le PDS après avoir cédé à la demande des manifestants de continuer leur activité de vendeurs de rue.

Ce fait à Behoririka résume une partie des défis que doit relever Fenoherintsoa Ralambomanana. Il doit composer avec les marchands de rue. Bien qu’ils soient dans l’informel, qu’ils squattent les trottoirs et la chaussée, la CUA se trouve dans la quasi-obligation de les accepter de fait. Engager un bras de fer, c’est risquer d’être confrontée à « une révolte populaire ». L’administration de la capitale tente tant bien que mal d’en tirer un certain bénéfice en leur faisant payer les tickets de marché.

Révélateur

Cependant, en face, les usagers de la voie publique attendent des autorités municipales qu’elles mettent fin à l’anarchie actuelle. En plus du nombre croissant de véhicules et de piétons, les marchands de rue asphyxient la plupart des axes routiers de la ville des mille. L’assainissement s’impose et est urgent. Il s’agit pourtant d’une décision qui nécessite un courage politique du PDS, un soutien indéfectible de l’État central et dont l’efficience nécessite un renfort des Forces de défense et de sécurité (FDS).

Pourtant, l’anarchie actuelle découle du fait que la crainte d’un impact politique négatif d’une telle décision a pris le dessus sur les enjeux du respect des lois, de l’ordre et du mieux-vivre ensemble. Outre les marchands de rue, il y a aussi les épiceries, certains restaurants et les garages mécaniques de scooters qui s’accaparent des trottoirs et d’une partie de la chaussée sans que les autorités municipales ne réagissent. Les garages mécaniques improvisés créent d’autant plus de nouveaux cas d’insalubrité.

Le nouvel homme fort de la capitale doit également s’attaquer à la problématique de la circulation et à celle des transports publics. Deux sujets sur lesquels il devra agir en diapason avec les responsables de l’État central, encore une fois, mais aussi avec ceux des communes satellites d’Antananarivo. La manifestation d’hier, à Behoririka, est révélatrice d’un autre fléau, à savoir la corruption et les abus dont sont accusés les agents de la CUA. Ils engendreraient un manque à gagner conséquent pour la trésorerie municipale.

Outre les conséquences financières, ces abus entraînent un sentiment de défiance de la part des victimes. L’événement d’hier n’a pourtant mis en lumière qu’une partie des défis qui se présentent au nouvel édile de la ville des mille. La gestion des déchets, reprendre la main sur l’urbanisation sauvage, comme les constructions et les remblais illicites, mener des actions pour anticiper la montée des eaux durant la saison des pluies, la réhabilitation des rues, l’embellissement de la ville, la sécurité à commencer par les éclairages publics, sont des exemples.

Un point important dans la « to-do list » est l’éducation citoyenne. Une mission herculéenne face à la situation, mais qui permettra de solutionner une partie des problèmes de la capitale. Elle permettra une prise de conscience sur l’impératif respect des règles de la société pour un mieux-vivre ensemble, à l’instar du code de la route, des horaires pour jeter les déchets ménagers dans les bacs à ordures, du respect des zones dédiées aux marchés, du respect des biens publics et des lieux publics. Et la liste n’est pas exhaustive.

Garry Fabrice Ranaivoson

1 Commentaires

  1. Refondation ou pas, il faut que les personnes de pouvoir comprennent : survivre d'abord !!!

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