Libraire et éditrice depuis plus de trente ans, Voahirana Ramalanjaona retrace son parcours d’entrepreneuse culturelle et défend la place du livre dans le développement du pays.
Qui êtes-vous dans la vie et dans votre parcours d’entrepreneuse ?
Je suis avant tout une femme très active. Maman de trois enfants et déjà grand-mère de trois petits-enfants, je mène une vie où il est difficile de rester immobile. J’aime entreprendre, imaginer des projets et surtout les faire avancer. Dans le domaine professionnel, je travaille autour du livre depuis plus de trente ans. J’ai commencé comme éditrice avant de devenir libraire, et ce parcours m’a permis de mieux comprendre toute la chaîne du livre.
Comment est née l’idée de créer la librairie Millefeuille ?
Tout a commencé à mon retour de France. À cette époque, j’étais déjà mère d’une petite fille et j’ai constaté qu’il existait très peu de choix de lecture pour les jeunes à Madagascar. J’ai alors lancé un journal pour enfants intitulé Gazette Mathilde, un magazine bilingue destiné aux lecteurs de cinq à dix ans. Ce projet m’a permis d’être repérée par la société qui importait la presse internationale dans le pays.
Comment la librairie Millefeuille a-t-elle finalement vu le jour ?
Après plusieurs années de travail dans cette entreprise, j’ai eu l’occasion de la racheter lorsqu’elle a été mise en vente il y a une dizaine d’années. Devenir propriétaire m’a offert la liberté de concrétiser un rêve plus ancien : créer ma propre librairie. Je voulais un lieu vivant, ouvert et chaleureux. Comme j’aime aussi la pâtisserie, l’idée d’une librairie-café s’est imposée naturellement.
Quels défis rencontre-t-on lorsqu’on entreprend dans le secteur culturel ?
Le premier défi reste la place accordée à la culture dans notre pays. Les moyens sont limités et ce domaine n’est pas toujours considéré comme prioritaire. Pourtant, il demande énormément d’engagement. Dans ce métier, il faut souvent avancer par passion, avec beaucoup de persévérance et d’endurance. Être une femme entrepreneuse ajoute parfois une difficulté supplémentaire, même si les mentalités évoluent progressivement.
Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes Malgaches ?
Je voudrais leur rappeler que la connaissance est essentielle pour construire l’avenir. On peut aujourd’hui trouver rapidement une information sur Internet, mais ce savoir est souvent passager. La lecture d’un livre permet au contraire d’apprendre en profondeur et de garder cette richesse longtemps. Si les jeunes lisent davantage, ils auront plus d’outils pour comprendre le monde et faire avancer leur pays grâce au savoir et à la lecture.
Cassie Ramiandrasoa
