À l’occasion du 29 mars, Antananarivo Teatra propose une création engagée qui interroge la mémoire collective à travers l’histoire poignante d’un ancien combattant de 1947.
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| Les comédiens d’Antananarivo Teatra sur scène, pour une pièce engagée. |
Et si le théâtre pouvait réveiller les consciences endormies ? Avec « Ho taitra ve izy ? », la troupe Antananarivo Teatra livre une œuvre forte et émouvante, présentée hier à Ivokolo Analakely. À travers une mise en scène engagée, les comédiens font revivre l’esprit du 29 mars 1947 en invitant le public à une réflexion profonde sur la mémoire, l’oubli et la reconnaissance.
Au cœur de la pièce, le destin bouleversant de Rakoto, un ancien combattant de l’insurrection de 1947. Après avoir pris part à une lutte qui aboutit à la libération du pays, il est emprisonné. Mais, une fois sorti de prison, loin d’être honoré, il est laissé pour compte, sombrant dans une vie marquée par la souffrance et l’indifférence. Pourtant, malgré les épreuves traversées, il ne reçoit aucune considération. Son histoire, inspirée d’un fait réel lié à l’époque du maire Pasteur Richard Andriamanjato, met en lumière ces héros oubliés qui ont pourtant contribué à l’indépendance nationale.
À travers cette création, la troupe pose une question essentielle : « Ho taitra ve izy ? » autrement dit, le public prendra-t-il conscience ? Le spectacle interpelle toutes les couches de la société, des médecins aux enseignants, en passant par les citoyens ordinaires, appelés à reconnaître ces sacrifices longtemps ignorés.
D’une durée d’une heure trente, la représentation se déploie en deux temps bien distincts. La première partie, ainsi que chaque fin de séquence théâtrale, est ponctuée de chants théâtralisés mettant en avant des thèmes majeurs tels que le patriotisme, le fihavanana et l’amour du tanindrazana. Plus d’une dizaine de titres viennent rythmer l’ensemble, notamment Ry Ilay otrik’afon’ny foko, Be no tsara et Izay zanako izay, sublimés par des costumes élégants et une mise en scène soignée. Loin d’un théâtre strictement traditionnel, cette création s’impose comme un véritable vecteur d’expression culturelle.
Valorisation
La seconde partie donne toute sa place à la pièce, interprétée par treize comédiens, jeunes et adultes, appuyés par six membres en coulisses. Fidèle à sa ligne artistique, Antananarivo Teatra veille rigoureusement au respect et à la valorisation de la langue malgache, en utilisant notamment un langage d’époque et des références aux années 1962, jusque dans l’évocation de l’ancienne monnaie.
Fondée en 1944 par Ramanda Albert, la troupe Antananarivo Teatra a su traverser les générations grâce à des figures comme Henri Rabary-Njaka, Richard Harimanana et Manarivo Rabary-Njaka. Aujourd’hui présidée par Ramamonjy Solohery, elle affiche une longévité remarquable : en quatre-vingt-deux ans d’existence, aucune année blanche n’a été enregistrée, sauf en cas d’absence de salle. Après la destruction du premier théâtre à Ambatovinaky, la troupe a investi divers lieux, notamment le Tranompokon’Olona d’Analakely ou d’Isotry, aujourd’hui détruits et occupés par des sectes, avant de se produire principalement à Ivokolo ou à l’Alliance française.
Au-delà de la scène, l’objectif demeure clair : transmettre l’amour de la langue malgache, renforcer l’attachement à la patrie et encourager le respect des traditions face aux influences extérieures. La présence d’une vingtaine de jeunes comédiens au sein de la troupe témoigne de cette volonté de transmission intergénérationnelle.
Dans cette dynamique, un nouveau projet est déjà annoncé pour le mois de mai : une représentation théâtrale dans une église à Ambohidrapeto Itaosy, autour des thèmes de l’amour du tanindrazana et de la foi.
À travers « Ho taitra ve izy ? », Antananarivo Teatra ne se contente pas de raconter une histoire : elle ravive la mémoire collective et redonne voix à ceux que l’histoire a trop longtemps laissés dans l’ombre.
Cassie Ramiandrasoa
