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| Les participants aux echanges sont tous convaincus sur l’importance du projet alliant la gestion des ressources en eau et la preservation de la biodiversite. |
Dans plusieurs régions du pays, les grossesses précoces et non désirées continuent de compromettre l’avenir de nombreuses adolescentes. Selon le Rapport sur l’état de la population mondiale 2025, 31 % des jeunes filles malgaches sont concernées par une procréation précoce. L’éloignement des centres de santé, les ruptures récurrentes de contraceptifs et le coût du transport limitent l’accès à la planification familiale. Ces obstacles, conjugués à la précarité économique, rendent un droit fondamental difficile d’accès pour une partie de la population.
Une table ronde consacrée aux Droits et à la Santé Sexuelle et Reproductive (DSSR) s’est tenue hier au Novotel Ivandry. Placée sous le thème du plaidoyer pour l’amélioration de l’écosystème en matière de DSSR et de la mobilisation des ressources domestiques en faveur de la santé reproductive, la rencontre a réuni des acteurs institutionnels et partenaires engagés dans ce domaine.
Un communiqué relatif au dossier souligne que la situation économique des ménages constitue un frein majeur. « Certaines femmes n’ont pas accès à l’utilisation de contraceptifs injectables, dont les coûts varient entre 6 000 ariary et 7 000 ariary. De plus, à certains moments, ces produits ne sont pas disponibles au centre de santé de base, ce qui les empêche d’y recourir, note un communiqué relatif au dossier.
Vulnérables
Cette réalité expose particulièrement les femmes vivant dans des zones touristiques où certaines se tournent vers des activités informelles, voire la prostitution, pour subvenir à leurs besoins. Sans moyens financiers pour accéder aux contraceptifs, elles demeurent vulnérables aux grossesses non désirées, poursuit le même communiqué.
Un témoignage illustre ces difficultés : « La grossesse n’a pas été désirée. J’ai parlé avec mon partenaire, il voulait garder l’enfant, mais moi non. Je veux continuer à aller à l”école et ne pas compromettre mes études », confie une jeune fille scolarisée. Selon les données du ministère de la Santé publique, environ 75 000 avortements seraient recensés chaque année, un indicateur de l’ampleur du phénomène.
Le cadre légal est pourtant clair. La loi n° 2017-043 reconnaît la santé de la reproduction et la planification familiale comme un droit pour tous, sans discrimination. Elle garantit l’accès à l’information et aux services de santé reproductive. Le défi réside donc dans l’application effective de ces dispositions, notamment sur le terrain.
« Au-delà de la dimension sanitaire, la santé sexuelle et reproductive constitue un levier de développement. Un accès élargi à la planification familiale contribue à réduire la mortalité maternelle, à maintenir les jeunes filles à l’école et à renforcer l’autonomie des femmes. La prévention des grossesses non planifiées permet également de diminuer les coûts de santé et d’améliorer la stabilité économique des ménages. » note Toky Rajoelina, directeur de la santé familiale au sein du ministère de la Santé publique.
La question du financement reste centrale. L’engagement à consacrer 15 % du budget national à la santé, conformément à la Déclaration d’Abuja, offre une orientation stratégique. Augmenter les ressources dédiées à la santé reproductive apparaît indispensable pour garantir la pérennité des programmes et renforcer la souveraineté sanitaire. Des mesures prioritaires sont recommandées : sécurisation de l’approvisionnement en contraceptifs, éducation complète à la sexualité, meilleure gouvernance des fonds publics et progression du budget alloué à la santé.
Garantir l’accès effectif à la santé sexuelle et reproductive ne relève pas uniquement d’une obligation morale ou juridique. Il s’agit d’un choix stratégique pour la dignité des citoyens, la stabilité sociale et le développement durable du pays.
La cérémonie s’est clôturée par la signature d’une charte d’engagement en faveur des Droits en Santé Sexuelle et Reproductive.
Mialisoa Ida
