La Banque centrale multiplie les consultations concernant l’avenir de l’ariary. Les premières réactions se montrent pessimistes.
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| Le Grand Amphi EGS a été plein lors de la première consultation sur la réforme monétaire envisagée par la Banque centrale. |
La réforme monétaire envisagée inquiète certains observateurs. Beaucoup estiment qu’elle ne résoudra pas l’inflation et craignent, au contraire, qu’elle ne l’aggrave. « Cette réforme n’améliorera pas le pouvoir d’achat, mais concernera surtout le pouvoir libératoire de la monnaie. C’est un pansement sur une plaie qui reste ouverte. Autrement dit, quel que soit le format de la monnaie, cela n’aura aucun effet sur le pouvoir d’achat. Seule la valeur nominale changera, tandis que la valeur réelle restera inchangée», explique Connor Laifara, économiste, hier.
Une autre source appelle à la prudence, avertissant que le non-respect de certaines conditions pourrait provoquer une forte hausse du coût de la vie. « Le pays doit disposer d’une économie solide, la monnaie utilisée doit avoir une valeur élevée, une grande partie des ménages doit pouvoir supporter une hausse des prix, ce qui n’est pas le cas actuellement à Madagascar, et le taux d’emploi doit être élevé », précise cette source.
Pour certains, cette réforme ne constitue pas la solution aux problèmes économiques actuels. « L’essentiel est de redresser l’économie, de la renforcer avec un marché intérieur solide. Encourager l’exportation et limiter les importations excessives et souvent inutiles pourrait progressivement redonner à l’ariary une vraie valeur sur le plan international », souligne un observateur. D’autres estiment que cette réforme n’est pas une priorité dans le contexte actuel. « Si l’État dispose des moyens pour mener une telle réforme, pourquoi ne pas orienter ces ressources vers des secteurs capables de stimuler le développement et de réduire le coût de la vie ? Par exemple, créer des entreprises locales pour produire des biens actuellement importés renforcerait la valeur réelle de la monnaie », ajoute Connor Laifara.
Méfiance
La Banque centrale organisera une autre consultation sur l’avenir des billets et pièces de monnaie à Madagascar, le mardi 31 mars, au Palais des sports Mahamasina. L’événement réunira les institutions publiques, les responsables de différents secteurs, les acteurs économiques et financiers, les jeunes et les citoyens. Iavoko Andrianjanahary, étudiant en économie, estime que « les discussions ne doivent pas se limiter aux aspects techniques ou à la suppression de « zéros», mais porter avant tout sur la préparation du système et la coordination entre les institutions. La réforme monétaire exige un contexte économique favorable, le niveau de confiance, les réserves, le coût de la vie, et surtout la capacité de l’administration à la mettre en œuvre via la sensibilisation du public, la modernisation des systèmes informatiques et une coordination claire entre la Banque centrale et les ministères. Sans une préparation solide en matière de gouvernance, transparence et participation citoyenne, cette réforme pourrait susciter méfiance et difficultés, même si ses objectifs économiques sont pertinents ».
Miangaly Ralitera
