Le contexte bouillant dans lequel le monde semble brûler paraît aussi propice à l’émergence de polémiques dans le monde de l’art. Dernièrement, la Biennale de Venise est, à son tour, la manifestation où s’invite la controverse. Dans cette situation où les sensibilités peuvent être facilement exacerbées, l’événement est marqué par le retour de la Russie, l’un des symboles les plus notoires de cette effervescence qui trouble l’ordre du monde. Une présence qui secoue aussi les esprits déjà à fleur de peau.
L’événement, considéré comme l’une des plus importantes expositions d’art contemporain, a ainsi eu droit aux mêmes commentaires qui tombent comme la foudre quand le climat est ainsi électrifié. Et la Russie, depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, est vue comme un nuage noir qui obscurcit les manifestations qu’elle rejoint. Les querelles qui tourmentent la santé du monde s’inviteront donc également à la Biennale. En effet, la présence des artistes signifie aussi, selon certains regards, la présence des États qu’ils représentent.
Dans La République, Platon présente l’art comme possédant un pouvoir suggestif pouvant influencer les esprits, qui sont la plupart du temps guidés vers les mauvaises voies. Ainsi, la participation de la Russie peut réveiller les craintes que peuvent enflammer la politique et les idéologies. Et cette hostilité a déjà embrasé les débats. Car les partisans de la neutralité de l’art, qui soutiennent qu’il faut faire la distinction entre l’œuvre et l’artiste, ou entre l’artiste et son pays, existent également. Pour que l’art puisse continuer à s’épanouir, ne faut-il pas adopter un regard qui fasse abstraction de la politique ? On peut toujours rappeler la célèbre phrase de Théophile Gautier, représentant emblématique de « l’art pour l’art», qui a écrit : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien; tout ce qui est utile est laid. » L’acte consistant à écarter des artistes à cause de leur pays dévoile une vision instrumentale de l’art qui se trouve, selon la citation de Théophile Gautier, du côté de la laideur. « Car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature ».
Le pavillon attribué à la Russie, et donc à l’État russe, sera-t-il un autre instrument de propagande ? Ou un espace où l’artiste ne sera pas contrôlé par la politique, ou pourra s’en démarquer, comme le médecin et poète Jivago, héros du roman de Boris Pasternak ? On aura la réponse au mois de mai.
Fenitra Ratefiarivony