LITTÉRATURE - Siméon Rajaona une icône de la langue malgache

Un siècle après sa naissance, l’héritage de Siméon Régis Rajaona relance la réflexion sur la place de la langue malgache dans la recherche et l’enseignement.

Le Docteur Daniel Rajoelison en pleine interview  lors de la commémoration.

Un centenaire qui dépasse la simple commémoration. 100 ans après sa naissance, Siméon Régis Rajaona s’impose plus que jamais comme une figure fondatrice des lettres malgaches. Depuis le 18 février 2026, et jusqu’au 18 février 2027, une année entière lui est dédiée, portée par la filière malgache, sa famille, l’université d’Antananarivo et divers acteurs de la société civile. Au cœur de cette dynamique : une ambition claire, celle de valoriser durablement la langue malgache et de renforcer sa place dans les sphères académiques et scientifiques.

Dès l’ouverture, le ton est donné. Une rencontre scientifique d’envergure a réuni chercheurs, enseignants et spécialistes autour d’un même objectif: interroger l’état actuel des recherches en langue et littérature malgaches. Hier et ce jour, ces échanges se poursuivent avec des participants venus de Madagascar et de l’étranger, dans une volonté commune de repenser les perspectives d’avenir. Plus qu’un simple bilan, cette concertation se veut un véritable levier pour repositionner ces disciplines au cœur des enjeux intellectuels contemporains.

Pour Daniel Rajoelison, talen’ny sampanana Malagasy au sein de la Faculté des Lettres et des Sciences humaines, cet événement marque un tournant décisif. Il souligne l’urgence de redonner à la langue malgache toute sa légitimité dans l’enseignement supérieur et la recherche. Selon lui, cette reconnaissance passe avant tout par une pratique active du malgache dans les productions scientifiques et académiques, condition essentielle pour assurer sa vitalité.

Riche programmation

Au-delà des échanges scientifiques, ce centenaire se distingue également par une riche programmation culturelle. Concours de poésie, de nouvelles et de traduction d’œuvres étrangères en malgache viennent stimuler la créativité et encourager l’engagement des jeunes générations. Ces initiatives ne visent pas seulement à célébrer un héritage, mais à en assurer la transmission. Parallèlement, des actions institutionnelles en cours viennent appuyer cette dynamique. Parmi elles, le projet de reconnaissance de la demeure de Siméon Régis Rajaona, située à Antsahabe, comme patrimoine national, mené en collaboration avec l’État et l’université d’Antananarivo, témoigne de la volonté de préserver les lieux emblématiques liés à l’histoire de la recherche en langue malgache.

Cet hommage prend tout son sens à la lumière du parcours exceptionnel de Siméon Régis Rajaona. Né en 1926 et disparu en 2013, il a consacré sa vie à l’enseignement et à la recherche. Pionnier, il fonde en 1958 le centre de recherche en langue et littérature malgaches, avant de créer en 1960 le département de langue et lettres malgaches, aujourd’hui connu sous le nom de filière malgache. Il devient également le premier doyen malgache de l’université de Madagascar, marquant une étape importante dans l’histoire académique du pays.

Son influence dépasse largement le cadre universitaire. Ses méthodes d’enseignement, toujours en vigueur, ont profondément structuré l’apprentissage du malgache, notamment à travers l’analyse linguistique des mots et des phrases. Par ailleurs, son travail de collecte, d’analyse et de valorisation des œuvres littéraires malgaches a contribué à leur reconnaissance scientifique et à leur transmission.

Auteur prolifique, il laisse derrière lui une œuvre riche et variée, avec des publications majeures telles que Takaleka Notsongaina, Mon corps soupire après toi, Takaleka Voavaofy ou encore Les phénomènes morphologiques, qui témoignent de la profondeur de ses recherches et de son attachement à la langue.

À travers ce centenaire, une conviction s’impose avec force : la langue malgache ne peut survivre que si elle est pleinement vécue. Enseignée, pratiquée, pensée et écrite, elle demeure l’un des piliers essentiels de l’identité culturelle malgache, que l’héritage de Siméon Régis Rajaona continue d’éclairer.

Cassie Ramiandrasoa

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