La lutte n’est pas finie

Après s’être bien reposées du joyeux défilé coloré qui a animé le lac Anosy hier, il est peut-être temps de passer à une lecture plus sérieuse des avancées des droits des femmes à Madagascar. Car si la fête est belle, la lutte continue.

La Grande île n’a pas connu de mouvements d’émancipation comparables à ceux des suffragettes en Grande-Bretagne ou des ouvrières américaines en 1917. Pourtant, par ricochet, les femmes malgaches ont tiré profit des répercussions de ces luttes lointaines.

En 1946, dans le cadre des réformes politiques de la IVᵉ République française, les femmes malgaches obtiennent le droit de vote et d’éligibilité, sous certaines conditions toutefois : avoir un minimum d’instruction et pouvoir s’acquitter des taxes et de la patente. Ce droit ne sera pleinement effectif qu’en 1956, avec l’instauration de la loi-cadre.

En 1960, l’avènement de l’indépendance inscrit dans la Constitution l’égalité de tous les citoyens devant la loi, sans distinction de sexe.

Dans les années 1990, le consentement mutuel des époux est renforcé dans la loi sur le mariage et les régimes matrimoniaux. Quatre ans plus tard, une réforme du code de la nationalité marque une véritable petite révolution : en 1994, les femmes obtiennent davantage de droits pour transmettre leur nationalité à leurs enfants.

Les années 2000 voient enfin les législateurs s’attaquer à la problématique de la violence. En 2007, une loi contre certaines violences domestiques renforce la protection des femmes victimes. En 2014, la loi contre la traite des personnes vise à protéger les femmes et les jeunes filles victimes de ce fléau. En 2019, après des débats houleux, la loi sur la violence basée sur le genre est adoptée : désormais, violences physiques, sexuelles, psychologiques et économiques sont sanctionnées plus lourdement.

Ce panorama ne représente que certaines grandes étapes. Dans la réalité quotidienne, les défis restent immenses, même si l’on constate une présence croissante des femmes dans l’administration publique, l’entrepreneuriat et la société civile. Les violences basées sur le genre persistent, l’autonomie des femmes reste un enjeu majeur, et leur représentation dans les instances politiques demeure inégale.

Moins de défilés, plus d’actions, ainsi que la Première dame l’a appelée de ses vœux. Alors, peut-être qu’un jour, les femmes pourront réellement se reposer le 8 mars... quand il tombera un dimanche.

Rondro Ramamonjisoa  

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne