La présidence de la Refondation de la République annonce officiellement, dans un communiqué publié hier, que les nouveaux membres du gouvernement seront présentés ce jour. Ils siégeront ensuite pour leur premier Conseil des ministres.
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| Le Chef de l’État félicitant le Premier ministre lors de sa présentation, à Iavoloha, le 15 mars. |
C’est officiel. Selon un communiqué publié par la présidence de la Refondation de la République hier, les ministres au sein de la nouvelle équipe gouvernementale seront présentés ce jour. Ils tiendront tout de suite après leur premier Conseil des ministres.
L’institution présidentielle ne donne toutefois ni l’heure ni le lieu de l’événement. Toutefois, il y a de fortes probabilités pour que le décor soit planté au palais d’État d’Iavoloha, cet après-midi. Lieu et moment traditionnels où se tiennent les présentations du gouvernement, ainsi que les Conseils des ministres. De prime abord, le colonel Michaël Randrianirina, Chef de l’État, et Mamitiana Rajaonarison, Premier ministre, ont pris leur temps pour sélectionner les nouveaux membres du gouvernement.
Étant donné le temps pris par les deux Chefs de l’Exécutif et leurs discours de ces derniers jours au sujet de la procédure de sélection des ministres, certains s’interrogent si l’on peut espérer un gouvernement impeccable. Une équipe gouvernementale sans reproche sur le plan de la compétence, de la moralité et de l’intégrité. Des ministres dont les frasques et les errances passées, ou les suspicions d’implication dans des actes illicites, ne vont pas inonder les réseaux sociaux dès les minutes ou dès les premiers jours qui suivent leur présentation.
D’autant plus que l’administration Randrianirina a suffisamment eu son lot de scandales et de polémiques ces derniers jours. Par ailleurs, les deux Chefs de l’Exécutif ont l’obligation de composer une équipe gouvernementale irréprochable. Le locataire d’Iavoloha et celui de Mahazoarivo ont eux-mêmes placé la barre haute quant aux critères de sélection des ministres.
Selon une missive de la présidence de la Refondation de la République publiée jeudi, la procédure de sélection précédant l’entretien avec le Chef de l’État et le Premier ministre se fait en quatre étapes. La première étape concerne l’évaluation de la compétence des prétendants au siège au sein du gouvernement. Ensuite, les aspirants ministres devront donner une garantie de moralité et d’intégrité en signant une lettre d’engagement assortie d’un dossier de déclaration de patrimoine.
Méritocratie
L’enquête de moralité menée par les entités y afférentes, notamment le « Central Intelligence Service » (CIS), constitue la troisième étape du processus de sélection. À en croire ce communiqué de la Présidence publié jeudi, pour faire partie de ceux qui passeront l’entretien avec le Chef de l’État et celui du gouvernement, les aspirants ministres devront passer l’étape ultime du détecteur de mensonge. L’utilisation du polygraphe explique pourquoi la sélection des membres de la nouvelle équipe gouvernementale prend du temps, explique le colonel Randrianirina.
Le locataire d’Iavoloha présente l’utilisation du détecteur de mensonge dans le processus de sélection des ministres comme un outil pouvant assurer au moins un pourcentage de 60 % de sincérité et d’intégrité des futurs ministres. Lui qui, lors de sa rencontre avec les membres de la diaspora résidant en France en février, a reconnu qu’il est difficile de trouver « des Malgaches intègres, réellement déterminés à procéder à la refondation du pays et à en finir avec les mauvaises pratiques du passé ».
Visiblement, le Chef de l’État a décidé de mettre à contribution la technologie pour éviter une éventuelle erreur de casting. Dans son discours de prise de fonction à Mahazoarivo, le Premier ministre Rajaonarison a également mis l’accent sur quelques qualités qu’il souhaite voir chez ses ministres. L’ancien directeur général du Service de renseignement financier (SAMIFIN) indique que lui et le locataire d’Iavoloha veulent « des ministres choc-choc, capables de produire des résultats immédiats ».
Dans l’ensemble, la compétence, l’intégrité, la droiture, l’audace dans les prises de décision, le dynamisme, la proactivité et la réactivité sont les critères qui devraient, en principe, caractériser les ministres qui seront présentés ce jour. Selon quelques indiscrétions, la nouvelle équipe sera un mix de redoublants et de nouvelles têtes. Néanmoins, à s’en tenir aux déclarations médiatiques ou publiées sur les réseaux sociaux hier, il semblerait que la casquette de « participant à la lutte contre l’ancien régime » ait été écartée des critères de sélection des ministres.
Des associations et des personnalités s’affirmant comme ayant été au front durant les manifestations affirment avoir proposé des noms ou avoir déposé un curriculum vitæ afin d’être nommées ministres. La plupart se plaignent de ne pas avoir encore été convoquées pour passer un entretien à cet effet. Pour beaucoup, le fait que la carte du « participant à la lutte » ne conditionne plus les choix des Chefs de l’Exécutif est un signal encourageant de méritocratie.
En tout cas, d’aucuns espèrent que la team Rajaonarison sera à la hauteur des ambitions affirmées dans les discours et des attentes de l’opinion publique. Il faudra qu’elle soit immédiatement opérationnelle également, étant donné les enjeux socio-économiques et politiques qui l’attendent. De plus, la conjoncture pesante actuelle lui laissera peu de marge d’erreur.
Garry Fabrice Ranaivoson
