La faible couverture vaccinale a entraîné une recrudescence de la rougeole de 2025 jusqu’au début de cette année. Cette nouvelle épidémie a poussé des parents à protéger activement leurs enfants.
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| Le groupe de mères venues pour une sensibilisation sur la vaccination dans un site communautaire. |
Un groupe de mères, accompagnées de leurs enfants, s’est rassemblé devant un site communautaire à Amoron’Akona, dans la matinée du jeudi 5 mars. Elles sont venues pour assister à une séance de sensibilisation sur la vaccination. Parmi elles, Henintsoa Ravaoarimalala, une jeune mère, tient dans ses bras sa fille de 18 mois, dont la peau porte encore les cicatrices laissées par des éruptions cutanées liées à la rougeole. « Mon enfant a attrapé la rougeole en décembre 2025. Nous avons dû l’emmener à l’hôpital, car elle développait une forme grave de la maladie. Elle n’avait pas été vaccinée. Aujourd’hui, j’ai compris l’importance du vaccin. Je ne veux plus qu’elle attrape à nouveau cette maladie, alors je souhaite la faire vacciner », témoignait-elle.
Dans ce village, l’intérêt croissant des parents pour la vaccination, depuis la recrudescence de l’épidémie de rougeole, est constaté. « Des parents qui n’étaient pas convaincus par le vaccin le sont désormais, surtout après que deux enfants de notre village, atteints de la rougeole, sont décédés dans un hôpital mère-enfant en début d’année », explique Albertine Rakotoarivony, l’agent communautaire. Un médecin précise toutefois que ces décès ont été causés par des complications de la rougeole, et non par la maladie elle-même.
Plusieurs parents ne faisaient pas vacciner leurs enfants avant cette épidémie dans ce village. « Mon enfant avait beaucoup de fièvre après le troisième vaccin. Je me disais que la fièvre faisait souffrir mon enfant. Alors j’ai décidé de ne plus continuer les autres vaccins. Malheureusement, quelques mois après, elle est tombée gravement malade », enchaîne Henintsoa Ravaoarimalala. Un médecin explique que la fièvre après un vaccin est une réaction normale.
Affluence
L’engouement des parents pour la vaccination cette année est également observé par la direction du Programme élargi de vaccination (DPEV).
« Il est pour le moment difficile de confirmer une augmentation du nombre d’enfants vaccinés, car les données sont encore incomplètes. Cependant, on constate déjà que les vaccins mis à disposition dans les centres de santé sont rapidement épuisés, ce qui peut signifier une affluence», précise le Dr Tsivahiny Paubert, directeur du Programme élargi de vaccination auprès du ministère de la Santé publique.
Cette affluence à la vaccination en pleine épidémie ne surprend toutefois pas ce responsable. « Beaucoup ne croient en la vaccination que lorsqu’ils constatent l’apparition d’une épidémie. Dès lors, ils se précipitent pour faire vacciner leurs enfants. Mais une fois la menace écartée, la vaccination est de nouveau négligée, ce qui favorise la réapparition de l’épidémie», explique-t-il. Il appuie ses propos en rappelant les résurgences de cas de rougeole enregistrées en 2018, 2019, en 2022, ainsi que depuis le début de l’année 2025, suite à la baisse de la couverture vaccinale.
Cette baisse de la couverture vaccinale est souvent liée au refus des parents, influencés par leur culture, leurs croyances, leurs chefs spirituels ou chefs de village, ainsi que par les rumeurs et les influenceurs négatifs. Mais des contraintes sociales et géographiques jouent également un rôle. « La plupart des mères ici travaillent et laissent leurs enfants à des proches qui ne parviennent pas à suivre le calendrier vaccinal », explique Albertine Rakotoarivony. L’éloignement des centres de vaccination par rapport au lieu de résidence constitue un autre facteur. Certains habitants se trouvent à une vingtaine de kilomètres des centres de santé. D’autres manquent tout simplement d’informations, comme Henintsoa Ravaoarimalala, qui pensait que le vaccin pouvait favoriser des maladies.
Selon des sources médicales, certaines attitudes des professionnels de santé démotivent des parents.
« Les soins manquent d’humanisation, le personnel crie parfois sur les patients. Des parents cherchent la qualité de service pour leur assurance, alors qu’on confie leur prise en charge à un stagiaire. Mais ce qui peut aussi les décourager, c’est de devoir payer des frais appelés “rakitra”, une forme de cotisation à offrir aux agents de santé, en partie à cause du recours aux bénévoles pour compenser le manque de personnel, alors que les services sont normalement gratuits », explique un médecin qui a souhaité rester anonyme.
La direction du Programme élargi de vaccination annonce la mise en place d’une stratégie pour améliorer la couverture vaccinale. « Nous allons instaurer une veille informationnelle, sensibiliser la population et identifier les inquiétudes qui empêchent les gens de se rendre dans les centres de santé. Dans ce cadre, nous allons mettre en place un système d’écoute digitale pour enregistrer et numériser les propos des personnes afin d’analyser leurs comportements et de pouvoir prendre rapidement les mesures appropriées », note le Dr Paubert Tsivahiny.
Calendrier vaccinal des enfants (0 à 24 mois)
Avant 11 mois : BCG, prévention de la tuberculose.
6 semaines (1 mois et demi) : DTC-HepB-Hib 1, PCV10-1, VPO1, Rota 1 : prévention de la diphtérie, du tétanos, de la coqueluche, de l’hépatite B, de la méningite, de la pneumonie, de la diarrhée, de la poliomyélite.
10 semaines (2 mois et demi) : DTC-HepB-Hib 2, PCV10-2, VPO2, Rota 2 : prévention de la diphtérie, du tétanos, de la coqueluche, de l’hépatite B, de la méningite, de la pneumonie, de la diarrhée, de la poliomyélite.
14 semaines (3 mois et demi) : DTC-HepB-Hib 3, PCV10-3, VPO3, VPI1 : prévention de la diphtérie, du tétanos, de la coqueluche, de l’hépatite B, de la méningite, de la pneumonie, de la poliomyélite.
9 mois : VPI2, VAR1 : prévention de la poliomyélite, de la rougeole.
15–18 mois : VAR2 : prévention de la rougeole.
Miangaly Ralitera
