Le nationalisme atavique de Ranavalona 1ère (1828-1861), la «meiji-sation» brouillonne de Rainilaiarivony (en sa période 1878-1885), le sursaut épidermique Menalamba (1896), le romantisme protestant du V.V.S. (Vy Vato Sakelika, 1915), l’acte manqué M.D.R.M. (Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache, 1946-1947) : autant d’entreprises de bonne foi, uniquement naïves par leur méconnaissance des enjeux globaux, que trahiront les prédateurs qui écumeront chacune des Républiques à numéro : 1, 2, 3, 4, 4 et demie...
Finalement, on a vite fait le tour de la question, en parcourant en diagonale les Rapports de la Cour des Comptes : le détournement de fonds publics érigé en sport national créant une classe de parvenus enrichis sans cause. S’il est très permis de s’enrichir, il est «fady» de piller les ressources minières, forestières, halieutiques, de la Nation ; braquer la caisse de l’État ; s’approprier les aides internationales.
Même la «Ho an’ny Tanindrazana», devise d’une armée créée la même année que la restauration de l’indépendance, a été dévoyée, le «sens de l’honneur» paraissant aussi introuvable que la «supériorité morale». L’expertise de ceci ou de cela ne vaut finalement que si, avec intégrité, elle se met au service de l’intérêt général et qu’elle se mobilise sincèrement pour l’honneur de Madagascar et le bonheur des Malgaches. «Intégrité», «sincérité», «intérêt général», de bien grands mots qui n’engagent que ceux qui y croient (encore). Intégrité, sincérité, intérêt général : c’est combien de divisions ?
«Fitiavan-Tanindrazana» appartient finalement au même registre que «lutte contre la corruption» : un élément de langage à réciter en boucle sans jamais s’en convaincre. Le «développement» et la «lutte contre la pauvreté» ont toujours été les premières victimes de ce cynisme institutionnel.
En ce 29 mars d’énième commémoration machinale, «Esprit 1947» de sacrifices et d’abnégation même dans le malentendu, es-tu là ?